La planète des hommes

Babouins
À quoi ressemblera le monde de demain ? Le rythme auquel disparaissent aujourd'hui les espèces animales et végétales atteindrait entre huit et cent fois le taux d'extinction habituel. Il correspondrait alors à celui d'une extinction de masse, selon une étude publiée en juin 2015. D'après une analyse réalisée par 31 primatologues, dont les résultats sont publiés dans Science Advances, nos proches cousins les singes sont particulièrement exposés et risquent tout bonnement de disparaître. 75 % d'entre eux sont en déclin et si rien n'est fait, ces scientifiques estiment que 60 % des 504 espèces se seront éteintes d'ici 25 à 50 ans. Pour les grands singes, la situation est déjà très préoccupante, selon le rapport de l'UICN de septembre 2016, quatre des six espèces sont au bord de l’extinction.
 
Les causes sont multiples et l'Homme en est le dénominateur commun. Comme pour l'ensemble du monde vivant terrestre, la première d'entre elles est la perte des habitats. La demande exponentielle de ressources alimentaires conduit à la déforestation massive des lieux de vie de la plupart des singes. Ceux-ci se répartissent pour les deux tiers dans des espaces longtemps dominés par des forêts équatoriales : Brésil, Indonésie, Madagascar et République démocratique du Congo. Toutes les grandes forêts y sont aujourd'hui en recul (deux millions de kilomètres carrés de moins en 20 ans), brûlées, lacérées et fragmentées par les constructions de routes, de barrages, par des mines, des forages pétroliers, etc. (pas moins de 25 millions de kilomètres de routes devraient être réalisés d'ici 2050 d'après les projections).
 
Un des exemples les plus dévastateurs est celui des plantations géantes de palmiers à huile, en Indonésie. Les orangs-outans y ont perdu 60 % de leur territoire. Devenus indésirables, ils sont souvent pourchassés et même empoisonnés. Les centres accueillant les orphelins se multiplient. Une situation que connaissent très bien les gibbons à joues pâles et les gibbons de Hainan, en Chine, sous la pression des plantations de caoutchouc.
 
Pour Paul Garber, professeur d'anthropologie à l'université de l'Illinois et coauteur de ces recherches, "c'est la onzième heure pour beaucoup de ces créatures. Plusieurs espèces, comme le lémur à queue annelée, le colobe rouge d'Udzungwa, en Tanzanie, le rhinopithèque brun ou le gorille de Grauer, ne comptent plus que quelques milliers d'individus. Dans le cas du gibbon de Hainan, en Chine, il reste même moins de trente animaux".
Le braconnage, pratiqué dans plusieurs États, est une autre cause de la chute des effectifs. Entre 2005 et 2014, il a abouti à 450.000 individus capturés et vendus et à 11.000 tués et concerne aujourd'hui 60 % des espèces. Sans oublier le changement climatique, autre responsable de la dégradation de leur environnement.
 
Deux points positifs sont à noter tout de même. "L'ordre des primates n'a connu aucune extinction au cours du XXe siècle, relève Russell A. Mittermeier, de l'UICN et coauteur. Mais ces actions sont aujourd'hui insuffisantes". Il y a aussi la population des gorilles de montagne qui est en hausse, notamment grâce aux efforts des autorités locales et des scientifiques. Dans certaines régions, l'Homme prend en effet conscience de l'urgence de la situation. Dans leur étude, les 31 chercheurs rappellent l'importance du rôle joué par les singes dans les forêts. Sans eux et sans les services rendus par tant d'autres espèces, elles aussi en danger, l'écosystème s'écroulerait.

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