Dans les Hauts-de-Seine, Bélénos et Séquana nettoient la Seine

Le Bélénos un bateau qui sillonne la Seine pour nettoyer le fleuve et ses berges
Une légère brume matinale envahit encore la Seine, à proximité du port de Nanterre. Depuis deux heures déjà, un bateau bien particulier est entré en
action. Avec ses vingt mètres de long, ses deux bennes, son tapis roulant appelé "transporteur" et sa grue hydraulique, le Bélénos est équipé pour remplir une mission unique sur cette portion de Seine: récupérer les déchets "Nous sommes sur l’eau cinq jours par semaine, à raison de trois jours consécutifs par trimestre et par ville", explique Rémi Delorme, le capitaine. Accompagné de Lionel Étancelin, marinier, il fait partie de l’entreprise ENCC, qui est chargée par le Département des Hauts-de-Seine, du nettoyage fluvial.
 
Avec 66 km de berges (comprenant les quatre îles du département) répartis sur dix-sept communes, d’Issy-les-Moulineaux à Rueil-Malmaison, le cahier des charges du Bélénos est bien rempli. Et ses interventions ne passent pas inaperçues auprès des marcheurs et des joggeurs des bords de Seine. D’autant plus que ce matin-là, la "pêche" s’avère plutôt bonne: la grue hydraulique, qui peut plonger jusqu’à quatre mètres de profondeur, ressort de la Seine avec la carcasse rouillée d’une moto. Puis deux moitiés de chariots de supermarché. Presque une routine pour Rémi et Lionel, habitués à voir de tout: du Vélib’ abandonné aux habituelles bouteilles en plastique. 
 
En moins d’une demi-heure, une première benne est déjà bien remplie. Chaque semaine, l’équipage collecte entre trois et onze tonnes de déchets. Une différence de volume qui s’explique notamment par les crues de la Seine en hiver et au printemps et les fortes précipitations estivales, qui font monter le niveau de l’eau. Les déchets jetés au bord du fleuve ou flottant sur la Seine se retrouvent ainsi charriés par le courant. Le  transporteur, situé à l’avant et au milieu du bateau, fonctionne souvent en continu. Ce tapis est chargé de récupérer les petits déchets qui flottent sur l’eau. Il s’enfonce jusqu’à un mètre quarante sous la surface.
 
Au côté du Bélénos navigue un deuxième bateau: le Séquana, construit en 2005. Les deux équipages sont en contact permanent. Car le Séquana, plus
petit, est capable de se faufiler là où le Bélénos ne peut pas aller. "Son tirant d’eau (la hauteur de la partie immergée du bateau) est plus faible, ce qui lui permet de s’approcher plus près des berges", explique Rémi Delorme, les yeux rivés sur le déroulement des opérations. L’équipage du Séquana descend aussi sur les berges afin de ramasser les déchets qui seront ensuite triés et déposés dans les bennes appropriées du Bélénos. Ces mariniers sont ponctuellement accompagnés d’une équipe d’éco-cantonniers qui assurent le maintien de la biodiversité du fleuve en nettoyant les berges et les frayères à poissons. "Ce travail favorise la reproduction piscicole", note Alain Pallot, de l’unité des berges du service Seine du conseil départemental. Car la palette environnementale du Bélénos ne s’arrête pas au nettoyage: l’équipage dispose par exemple de kits antipollution qui permettent d’absorber les hydrocarbures à la surface de l’eau en cas de déversement accidentel.
 
Le bateau est aussi équipé d’une lance à eau avec laquelle les mariniers enlèvent la vase qui se dépose sur les berges après les crues afin de garantir aux marcheurs l’accessibilité des promenades basses. Le Département mène depuis 1980 cette action de nettoyage dans le cadre du Schéma départemental d’aménagement et de gestion durable de la Seine et de ses berges. Mais malgré l’amélioration de la qualité de l’eau de la Seine, le travail du Bélénos reste indispensable et répond aujourd’hui à trois objectifs: reconquérir les berges qui traversent le territoire des Hauts-de-Seine en garantissant l’accès et la sécurité des différentes promenades, lutter contre la pollution et, enfin, protéger les différentes espèces de faune et de flore. Le conseil départemental des Hauts-de-Seine est d’ailleurs la seule collectivité territoriale en Île-de-France à mener ce type de projet. Au total, près de 15 millions d’euros ont déjà été alloués à cette mission depuis trente-cinq ans. 
 
Une fois ramassés, les déchets sont répartis en deux bennes installées sur le Bélénos. Chacune d’entre elles est destinée à recevoir un type de déchets particulier: d’un côté les déchets "verts", de l’autre les déchets dits "industriels" : bouteilles en plastique, métaux, etc. Tout au long de la matinée, l’équipage va également beaucoup manier la tronçonneuse, afin d’enlever les branches basses qui tombent dans l’eau et qui peuvent retenir les déchets. Une fois la collecte quotidienne terminée, ces bennes seront entreposées à Gennevilliers ou sur l’île de Puteaux, où leur contenu sera trié puis recyclé. Les troncs et branches seront broyés. "Ils seront réduits en copeaux afin d’en faire du mulch qui, déposé en couche au pied des jeunes plantations, réduit l’évaporation de l’eau et augmente donc leur résistance en période de sécheresse", explique Alain
Pallot. Le reste sera transformé en compost. Dans l’autre benne, 10 à 15 % des déchets industriels (principalement du carton, du verre et du plastique) seront recyclés. Au total, c’est environ un tiers des déchets qui est valorisé.
 
66: C'est le nombre de kilomètres de berges dont le Bélénos s’occupe dans les Hauts-de-Seine.
 
6300: le nombre de tonnes de déchets collectés en vingt ans, soit 330 tonnes en moyenne par an.
 
En vidéo ci-dessous --> Les nettoyeurs de la Seine en action
 

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