L'espèce humaine devrait s'éteindre ce siècle

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Frank Fenner
Frank Fenner, professeur émérite de microbiologie à l'Université nationale australienne, prédit la disparition de l'Humanité dans les 100 prochaines années. Ce mauvais augure pourrait prêter à sourire, mais le scientifique mort à 95 ans a une carrière impressionnante : Membre de l'Académie des sciences australienne et de la Royal Society, son travail a été récompensé par de nombreux prix et il est l'auteur de centaines de textes scientifiques. Il a notamment été impliqué dans la disparition du virus responsable de la variole et dans la lutte contre la surpopulation de lapins en Australie via l'introduction volontaire du virus de la myxomatose dans les années 1950. Alors qu'il était en retraite depuis des dizaines d'années, ce scientifique renommé a poursuivi ses travaux de recherche et ses écrits, en se déplaçant quotidiennement à l'Institut de médecine John Curtin de l'Université nationale australienne, dont il fut directeur de 1967 à 1973.
 
Sa compréhension approfondie de l'évolution des espèces n'a jamais entamé sa fascination pour l'observation sur le terrain. Du niveau moléculaire aux planètes, Frank Fenner s'est intéressé à tous les écosystèmes. Il a commencé à publier ses premières études environnementales au début des années 1970 lorsque l'impact des sociétés humaines sur notre planète devenait problématique. De quoi inspirer confiance, ou au moins de l'intérêt pour ses déclarations.
 
Cette affirmation de Frank Fenner a de quoi inquiéter, d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une vision sur des millions d'années mais d'une prédiction pour le siècle en cours.
 
Pour Frank Fenner et d'autres scientifiques reconnus comme Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, la Terre est entrée dans une nouvelle époque géologique, l'Anthropocène, depuis le début de la révolution industrielle et l'exploitation massive des combustibles fossiles. Cette nouvelle époque géologique, profondément marquée par les activités humaines, succéderait à l'Holocène débuté il y a dix mille ans. Bien que non officielle sur l'échelle des temps géologiques, l'Anthropocène a été admis dans la terminologie scientifique et correspond au moment où les Hommes ont pu rivaliser avec les forces de la nature dans la capacité à modifier l'écosystème de la Terre.
 
En effet, nous réchauffons le climat planétaire d'une ampleur aussi importante, mais dans un temps bien plus court, que les grands cycles naturels et nous entamons la sixième extinction massive de la biodiversité, avec une vitesse sans doute plus rapide encore que celle qui a conduit, il y a 65 millions d'années, à l'extinction des dinosaures suite à la chute d'un astéroïde, comme le souligne Eric Lambin, membre de l'Académie des sciences des Etats-Unis.
 
A l'origine de ces déséquilibres planétaires qui menacent la survie même de l'Humanité, Frank Fenner incrimine l'explosion démographique et la "consommation effrénée" dictée par la sacro-sainte croissance économique.
 
Selon l'ONU, le nombre d'humains a atteint les 7 milliards en 2011 et dépassé les 7,3 milliards en 2015, autant de consommateurs effrénés supplémentaires...
Vu l'inertie de nos sociétés et décideurs politiques sur l'urgence et l'importance des mesures à prendre pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, Fenner demeure pessimiste: "Nous allons subir le même sort que les personnes sur l'île de Pâques. Le changement climatique ne fait que commencer. Mais nous pouvons déjà voir des changements remarquables dans la météo."
 
"Les Aborigènes nous ont montré qu'en l'absence de science et d'émissions de dioxyde de carbone responsables du réchauffement climatique, ils pouvaient survivre pendant 40 000 à 50 000 ans. Mais notre monde ne le peut pas. L'espèce humaine est susceptible de prendre le même chemin que beaucoup d'espèces que nous avons déjà vu disparaître." déclare t-il.
 
"Homo sapiens devrait disparaître, peut-être dans 100 ans", dit-il. "Un grand nombre d'autres animaux également. C'est une situation irréversible. Je pense qu'il est trop tard. J'essaie de ne pas trop le dire car il y a des gens qui essaient de faire changer les choses. Les efforts de réduction ralentissent un peu les choses, mais il y a déjà trop de monde [sur Terre]" ajoute-t-il.
 
La boulimie énergétique, productiviste et consumériste mènent l'humanité à sa perte. Ce constat, tabou, est pourtant de plus en plus partagé par certains scientifiques et de plus en plus évoqué, mais étouffé par les sceptiques sur le changement climatique et une partie des personnes croyantes pour qui la reproduction est une recommandation divine, souligne Frank Fenner.
 
Stephen Boyden, collègue et ami de Fenner, pense qu'il y a un profond pessimisme chez certains écologistes, mais que d'autres sont plus optimistes : "Frank a peut-être raison, mais certains d'entre nous nourrissent encore l'espoir que la situation entraînera une prise de conscience et, par conséquent, les changements révolutionnaires nécessaires pour atteindre la durabilité écologique". Malheureusement, cette prise de conscience radicale, tant attendue depuis des années, ne se manifeste pas ou de manière marginale ou travestie.
 
Stephen Boyden ajoute : "C'est là que Frank et moi sommes différents. Nous sommes tous deux conscients de la gravité de la situation, mais je n'accepte pas qu'il soit forcément trop tard. Bien qu'il n'y ait qu'une lueur d'espoir, cela vaut la peine de résoudre le problème. Nous avons la connaissance scientifique pour le faire, mais nous n'avons pas la volonté politique."
 
A ce titre, Frank Fenner avait ouvert le 23 juin 2010 le symposium "Healthy Climate, Planet and People" à l'Académie australienne des sciences. Cette conférence vise justement à combler le fossé entre la science et les politiques environnementales.
 
En conclusion de son interview, Frank Fenner, qui a pourtant eu l'honneur d'annoncer l'éradication mondiale de la variole à l'ONU en 1980, contemple avec dépit le chaos de l'espèce humaine au bord de l'extinction de masse : "Les petits-enfants des générations actuelles vont être confrontés à un monde beaucoup plus difficile..."
 
Ce constat a été également maintes fois partagé par le célèbre astrophysicien Stephen Hawking. Selon lui, la disparition de l'humanité devrait intervenir dans le siècle et rien ne pourra y changer.
 
Il avance plusieurs risques de portée planétaire :
 
-une guerre nucléaire (de plus en plus probable) ;
-une pandémie suite à l'apparition d'un virus génétiquement modifié ;
-la domination de l'espèce humaine par l'intelligence artificielle (le scénario de Terminator en quelque sorte) ;
-l'épuisement des ressources de la planète incapables de satisfaire une croissance démographique effrénée.
 
Seule solution pour Hawking : préparer sans plus attendre la colonisation des planètes proches de la Terre pour que le destin de l'humanité ne s'arrête pas prématurément.
 

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