Tiken Jah Fakoly se réinstalle en Côte d'Ivoire

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Tiken Jah Fakoly
Au bout de la route de terre cabossée et poussiéreuse de Youpougon, un quartier populaire d'Abidjan (Côte d'Ivoire), la maison de trois étages affiche les fastes d'un bâtiment officiel. Quelques ouvriers épuisés par la chaleur écrasante s'affairent dans cet édifice flambant neuf aux murs rouges, jaunes, verts... "Bienvenue dans l'ambassade du reggae", s'amuse Tiken Jah Fakoly, l'icône de cette musique qui a épousé ces trois couleurs panafricaines. Devant la façade ornée d'un portrait de Bob Marley, le rasta le plus connu d'Afrique affiche le sourire fier des nouveaux propriétaires. Après des années d'exil à Bamako (Mali), l'artiste de 49 ans réinvestit le quartier qu'il a dû fuir en 2002, menacé pour ses prises de position politiques au début de la guerre civile. Les Escadrons de la mort, mystérieux groupe armé, ciblaient à l'époque des personnalités qui s'opposaient au régime.
 
Dans un pied de nez, l'artiste surnommé la Tour Eiffel (car il serait pris aussi souvent en photo que la Dame de fer), (re)construit aujourd'hui. Au sens propre. Un studio d'enregistrement, un lieu de résidence pour les artistes, un appartement personnel, une cafétéria et surtout une "radio libre pour donner la parole à la société civile". "Quand les gens parlent, ils ne sombrent pas dans la violence, cela évite de penser à l'intérieur, comme on dit ici. Cela manque beaucoup encore en Côte d'Ivoire", nous raconte l'artiste qui vient de sortir "Troisième Mandat", un mini-album engagé distribué uniquement sur le continent.
 
Originaire d'Odienne dans le nord du pays, l'artiste a emmenagé à 22 ans dans ce quartier proche du centre d'affaires d'Abidjan, une des capitales africaines les plus foisonnantes. "A l'entrée du quartier, les habitants ont même rebaptisé officieusement le carrefour Tiken Jah Fakoly", raconte-t-il dans un éclat de rire. Aujourd'hui, sa barbe et ses dreadlocks se sont blanchies. Mais comme en témoigne son énorme pendentif Afrique autour du cou, son engagement politique lui reste chevillé au corps.
 
A tous les étages, il a tenu à afficher les grandes figures de l'histoire noire "pour marquer les esprits des jeunes" : Thomas Sankara, Angela Davis, Nelson Mandela... Posé dans une cafétéria en construction, Tiken est intarissable sur sa nouvelle résidence financée par ses fonds propres. La conversation se rythme au son des oiseaux qui s'égosillent malgré les 35 C. "En 1996, l'album Mangercratie m'a permis d'acheter le terrain et de signer un contrat avec une maison de disques en France".
 
Tiken Jah a toujours chanté ses propres compositions. En 2015, il fait une exception avec son dernier album, "Racines", nourri de "classiques de l'âge d'or du reggae" sublimés de sonorités d'instruments traditionnels. "Je voulais montrer que les racines du style sont africaines. Les Jamaïquains ont été arrachés à l'Afrique. Ils avaient déjà l'inspiration dans le sac quand ils sont partis", déclare-t-il. Ils ont aussi désormais une maison à Youpougon, grâce à lui.
 
C'est une poignée d'irréductibles qui n'ont rien à envier au village gaulois d'Astérix et Obélix. A Port-Bouët, une petite commune en périphérie d'Abidjan (Côte d'Ivoire), une centaine de "résistants" vivent encore dans un village rasta en bord de mer. Malgré la destruction du camp par le propriétaire en 2012, sur fond d'imbroglio juridique après quinze ans d'occupation, ils tiennent bon, vivant chichement d'artisanat. Tiken Jah Fakoly les soutient depuis des années.
 
Le temps de saluer quelques fans enturbannés aux dreadlocks XXL, la star s'engouffre dans une gargote de fortune, un "maquis". A l'intérieur, des musiciens l'accueillent comme un chef d'Etat, puis se rasseyent en sirotant quelques bières, dans une ambiance portée par les effluves d'herbes en tout genre. Koko Shenko, chef du village, artiste peintre et porte-parole des rastas, le remercie avec révérence. "Malgré la démolition, Tiken est toujours là pour nous soutenir, rapporte-t-il. Ici, on vit comme en Jamaïque, on mange ital (un régime alimentaire végane) on respecte les commandements de Dieu". En Afrique, ils ne sont que quelques villages à cette image, notamment au Ghana ou en Guinée. "C'est le premier grand frère à nous soutenir", conclut Koko Shenko, en lançant leur cri de ralliement "Jah Rastafaaraaaaiiiiiiii".
 
En vidéo ci-dessous --> Tiken Jah Fakoly - Politiqui (Extrait de l'EP "3ème Dose")

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