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L’industrie du jeu vidéo, timidement opposée à la politique anti-immigration de Trump

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Game Developers Conference
Malgré quelques initiatives individuelles, les industriels américains du jeu vidéo ont du mal à emboîter le pas à leurs homologues de la Silicon Valley, farouchement anti-Trump. Soutien à leurs employés, donations à des organisations caritatives, rappel de l’importance des migrants dans l’histoire de l’industrie américaine: les géants de la Silicon Valley tels que Apple, Google ou Facebook n’ont pas tardé à faire entendre leurs voix, après la signature par Donald Trump d’un décret interdisant l’entrée sur le territoire américain de migrants venus de sept pays musulmans. L’une des premières réactions publiques est venue des organisateurs de la Game Developers Conference. L’incontournable salon professionnel du jeu vidéo, qui ouvre ses portes le 27 février à des développeurs du monde entier, s’est ainsi dit "horrifié" par le décret de Donald Trump :
 
Connu pour ses coups de communication provocateurs, l’éditeur de jeux Devolver a d’ailleurs proposé aux développeurs interdits de séjour de proposer leurs jeux sur leur stand. Même prise de position du côté de la Global Game Jam. Pour les organisateurs de ce grand concours annuel de création de jeu vidéo.
 
Insomniac Games, connu pour la série Ratchet and Clank, est peut-être le studio à avoir pris le plus clairement position. Le 30 janvier, le président de la société, debout au milieu de ses employés, est ainsi apparu dans une vidéo Youtube dans laquelle il dénonce un acte "déplorable, discriminatoire, et, d’après nous, manifestement anticonstitutionnel".
Autre studio de taille moyenne, le studio Harmonix, responsable de la série Rock Band, a publié sur Twitter le 2 février un communiqué où il rappelle que l’un de ses cofondateurs est né au Moyen-Orient :
 
Mais contrairement aux prises de position revendiquées par les dirigeants de Google ou Facebook, les principaux acteurs de l’industrie du jeu vidéo n’ont, pour l’instant, que rarement pris l’initiative de sortir de leur réserve.
La plupart se sont contentés de se retrancher derrière un communiqué en demi-teinte publié par l’ESA (Entertainment Software Association), le 30 janvier. Cette association regroupant la plupart des acteurs de l’industrie américaine du jeu vidéo y appelait la Maison Blanche à observer une grande prudence, rappelant "le rôle important joué par l’immigration dans l’industrie", tout en reconnaissant qu’il est "important de veiller à la sécurité des citoyens américains".
En coulisses, plusieurs sociétés se sont tout de même inquiétées du sort de leurs employés immigrés, à l’image des dirigeants d’Electronic Arts (FIFA) ou de Blizzard (World of Warcraft), qui, dans des e-mails internes, assuraient de tout leur soutien les employés concernés.
 
Interrogées par la presse, certaines entreprises ont rappelé leur attachement à la diversité. C’est le cas de Bethesda (Fallout), qui a assuré au site américain IGN qu’ils soutiendraient toujours "la diversité et l’acceptation plutôt que la division et l’exclusion".
Le Français Ubisoft (Assassin’s Creed), qui possède plusieurs filiales aux Etats-Unis, a rappelé au Monde qu’il estime que "la diversité sous toutes ses formes encourage la créativité et la compréhension" et que la société s’oppose "à toutes les formes de discrimination". Ni Bethesda ni Ubisoft ne citent toutefois la Maison Blanche, Donald Trump ou son décret dans leurs communiqués respectifs.
 
Une prudence d’autant plus surprenante que le secteur du jeu vidéo emploie, aux Etats-Unis comme ailleurs, de nombreux immigrés. Mais qui trouve peut-être en partie son explication dans les suites du "GamerGate", ce mouvement qui multiplie depuis 2014 les menaces à l’encontre des figures féministes et antiracistes du secteur et qui refuse toute "politisation" du jeu vidéo, une population qui se confond régulièrement avec l’électorat de Donald Trump et que l’industrie pourrait craindre de s’aliéner.
 
Certaines sociétés ont pourtant décidé de monter au créneau. C’est le cas de Zynga, l’éditeur de FarmVille, signataire aux côtés de 96 autres entreprises de la Silicon Valley d’une motion légale soutenant l’Etat de Washington dans sa plainte contre Donald Trump.
D’autres ont décidé de soutenir l’American Civil Liberties Union, association de lutte pour les libertés individuelles qui a engagé plusieurs recours contre le texte et d’autres décisions de Donald Trump, en leur faisant don d’une partie de leurs recettes. Ces studios sont essentiellement des indépendants: Cardboard Computer (Kentucky Route Zero), Ink Stories (1979 Revolution, un jeu sur la révolution iranienne), ou Dots. Les Néerlandais de Vlambeer (Nuclear Throne), très influents sur la scène du jeu vidéo indépendant, ou le Québécois Phil Fish (FEZ), ont également annoncé soutenir l’ACLU.
 
Reste que si, dans la Silicon Valley, quelques voix, dont Peter Thiel, cofondateur de PayPal, ou Elon Musk, patron de Tesla, soutiennent ouvertement le président Trump, les soutiens du président sont encore plus rares dans le monde du jeu vidéo. Jonathan Blow, créateur indépendant respecté et auteur de jeux particulièrement cérébraux tels que Braid ou The Witness, fait figure d’exception: il a récemment publié sur Facebook un message très critique pour la gauche américaine.
 
Il s’agaçait des manifestations ayant empêché la tenue à Berkeley d’une conférence de Milo Yiannopoulos, figure du "Gamergate" et proche de Steve Bannon, le conseiller spécial de Donald Trump: "Je pense que Milo est une enflure. Mais (…) beaucoup de gens écoutent et regardent les militants de gauche et se demandent: est-ce que j’ai envie de voir ces gens au pouvoir ? La réponse est clairement non. (…) C’est ce qui a permis à Trump d’accéder au pouvoir".

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