Bob Dylan, Prix Nobel de littérature 2016

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Bob Dylan
Le nom de Bob Dylan est donc sorti du chapeau. Le chanteur a été récompensé du Nobel de littérature, comme l'a annoncé la secrétaire générale de l'Académie, Sara Danius, pour "avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique". S'il est de la même génération que les Rolling Stones, Bob Dylan, qui vient d'assurer leur première partie au Desert Festival, approche son métier d'une manière diamétralement opposée. Pas de grand show pyrotechnique pour lui, mais des spectacles qui évoquent l'ambiance des clubs traditionnels de l'Amérique profonde. S'il passe sa vie à donner des concerts, il n'a rien d'une bête de scène rock. Et continue, surtout, à n'en faire qu'à sa tête, derrière sa moustache fine et son chapeau à larges bords.
 
Il en est ainsi depuis cinquante ans, lorsque le chantre du folk contestataire décida d'empoigner une guitare électrique et de jouer avec un groupe complet. C'est le 25 juillet 1965, dans le cadre du Festival de Newport, que Dylan fit scandale, provoquant l'ire des tenants de la tradition du protest song. Quelques jours avant, Like a Rolling Stone, single révolutionnaire, était sorti, marquant une césure irrémédiable avec les intégristes. Lesquels ignoraient que le musicien revenait là à ses premières amours, le rock'n'roll.
Bob Dylan enchaîne en quatorze mois les chefs-d'œuvre que sont "Bringing it All Back Home", "Highway 61 Revisited" et "Blonde on Blonde". À l'issue de ces séances de studio qui influenceront des milliers d'artistes, il n'a que 25 ans!
 
Entre son arrivée à New York en janvier 1961 et le début du travail sur cette trilogie, le chanteur a gravi les échelons de la notoriété. En s'affranchissant du mouvement pour les droits civiques, il cultive l'ambition de combiner la poésie, dont il est un grand lecteur, à la pulsation du rock. Après avoir passé en revue ses nouvelles chansons à la guitare sèche et à l'harmonica en une journée, Dylan décide d'incorporer d'autres instruments sur certaines d'entre elles.
 
Six mois avant la version des Byrds qui marquera le début du mouvement folk rock, il essaie d'intégrer une batterie à Mr Tambourine Man. En vain. "Cette batterie me rend fou", s'écrie-t-il dans une version de travail inédite du titre.
 
À l'arrivée, "Bringing It All Back Homes" articulera autour de deux faces: l'une acoustique, l'autre électrique. Une manière d'opérer une transition en douceur avant le choc opéré par "Highway 61 Revisited", premier disque 100 % rock de l'artiste, quelques mois plus tard. Dylan a convoqué le jeune génie de la guitare blues américaine Mike Bloomfield, qu'il a repéré dès 1962.
 
Paradoxal, il lui demande de ne pas jouer de "trucs à la B. B. King", ces tirés de cordes dont Bloomfield a justement fait sa signature sonore. Sur l'album-titre, Dylan s'amuse avec un sifflet de police, avec l'enthousiasme d'un enfant qui ne quitte pas son nouveau jouet. Mais c'est sur l'enregistrement de la pièce maîtresse, "Like A Rolling Stone", qu'il applique sa méthode, autorisant la partie d'orgue du guitariste Al Kooper à figurer dans l'arrangement, dépassant allégrement le format des tubes de l'époque et figurant un texte cryptique. La chanson deviendra un emblème, détrônant Blowin'in the Wind, qui n'a pourtant été écrite que trois ans auparavant.
 
Bob Dylan va alors très vite. Trop vite peut-être. Le remarquable documentaire "Don't Look Back", réalisé par D. A. Pennebaker, montre la frénésie avec laquelle il tape ses textes à la machine, entre deux concerts. En tournée, avec le renfort bruyant des Canadiens de The Band, il se fait huer copieusement. On l'accuse d'avoir vendu son âme en troquant son inspiration sociale pour les images surréalistes et les arrangements percutants de son nouveau répertoire.
 
Ce qui l'encourage à aller encore plus loin sur "Blonde on Blonde", perle de sa discographie et naissance électrique d'un mythe.

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