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Une petite victoire pour le parc de Yankari

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Eléphants du parc de Yankari
Pendant des années, Hashimu Abdullahi a fabriqué des armes pour les braconniers et les chasseurs qui pénétraient illégalement dans le parc national de Yankari, l'un des seuls endroits du Nigéria où l'on trouve encore des éléphants en liberté. Les fusils fabriqués par ce forgeron, des mousquets de 5 kg et d’environ 1,50 mètre de long, ont initialement été introduits au Nigéria par les marchands d’esclaves, qui les échangeaient contre des hommes. Aujourd’hui, M. Abdullahi est passé de l’autre côté, il est devenu ranger. Celui que l'on surnomme "l’armurier" continue de fabriquer des fusils, mais dorénavant pour ses collègues. Il a été embauché en 2012 pour intégrer l’équipe de 80 rangers chargés de lutter contre les braconniers d’ivoire, les chasseurs, les bergers, et même les exploitants de sève d’acacia, qui pillent illégalement les richesses du parc de Yankari. Et pour préserver les quelque 300 éléphants qui restent.
 
"J’ai honte… Je ne veux plus avoir affaire aux braconniers", confie cet homme de 44 ans à la moustache impeccable. M. Abdullahi pointe du doigt plus de 200 de ces fusils, confisqués et attachés ensemble avec du fil barbelé rouillé. Souvent, les rangers sont attaqués "avec des armes comme celles-là", explique-t-il.
 
Si en Afrique du Sud, le braconnage de rhinocéros est mené par un réseau très sophistiqué, avec des connexions internationales, au Nigeria le trafic illégal semble bien moins organisé, il est le fait d’acteurs aux desseins divers.
 
Les chasseurs du parc de Yankari, qui arborent des amulettes vaudoues, s’emparent des animaux et détruisent les infrastructures comme certains ponts pour empêcher les rangers de patrouiller. Les bergers, eux, font paître leurs vaches, leurs montons et leurs ânes à l’intérieur de la réserve, au détriment des éléphants et des antilopes, qui se retrouvent sans vivres.
 
"Il y a un important marché pour l’ivoire dans le pays, à Lagos et à Abuja, et cela représente une menace pour les éléphants de Yankari", estime Andrew Dunn, directeur de la Société pour la Conservation de la vie sauvage (WCS) au Nigeria.
 
La majorité des 141 arrestations réalisées en 2015 concerne des "brouteurs", ces éleveurs qui viennent avec leurs troupeaux de contrées lointaines, parfois même du Niger, et rémunèrent des chefs de village pour avoir accès à l’intérieur du parc. Des chasseurs ont aussi été arrêtés.
 
Dans cette région aride, la préservation de la faune et de la flore passe souvent au second plan. "Beaucoup de Nigérians ont faim et quand on a faim, la première chose dont on a besoin est la nourriture", résume Nachamada Geoffrey, le représentant de la WCS à Yankari.
 
Malgré tout, les rangers reconnaissent avoir réussi à reprendre le contrôle d’une partie du territoire. Et l’équipe de M. Geoffrey n’a trouvé que deux carcasses d’éléphants l’année dernière, contre 10 par an les années précédentes. Une petite victoire.
 
"C’est vraiment encourageant et très excitant, pour moi, de voir que ces éléphants sont toujours là et de les voir en paix et à leur aise la plupart du temps", confie M. Geoffrey.
 
Les rangers craignent l'arrivée des guerriers de Boko Haram. Mais c'est un danger bien plus grave qui risque de déferler sur ce parc sauvage: Les touristes.
 
"C'est devenu trop cher d'aller à Londres, à Dubaï ou en Amérique. Venez donc en vacances à Yankari", lance Mohammed Abdullahi Abubakar, le gouverneur de Bauchi où se trouve la réserve, dans une série de tweets. "Nous avons besoin de diversifier nos revenus et le tourisme reste encore un fruit vert", estime M. Abubakar qui se décrit comme le "directeur marketing" de Bauchi.
 
Les recettes du Nigeria, géant africain, ont fondu avec la chute des cours du pétrole sur les marchés mondiaux et le pays voit dans le tourisme une nouvelle manne financière.  Les safaris représentent 80% des voyages en Afrique et génèrent des revenus de 36 milliards de dollars (31 milliards d'euros), selon le rapport d'octobre 2015 de la Banque africaine de développement.
 
Avec près de 300 éléphants, d'innombrables oiseaux et des sources chaudes cristallines à 31°C toute l'année, Yankari espère attirer des devises et à terme remplir les caisses de l'Etat, alors que le cours du naira ne cesse de dégringoler.
 
Mais des années de mauvaise gestion ont laissé la réserve de 2.250 km2 vide d'infrastructures et de touristes. Tout est à refaire ou presque. Les deux grands chantiers portent sur le développement du réseau routier pour permettre l'observation de la faune, à l'image des réserves kényanes, et l'installation de l'électricité dans le camp principal.
 
En vidéo ci-dessous --> La visite du Parc de Yankari avec les rangers

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