La monnaie, symbole d'un État

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Créséide, pièce d'or de Lydie (VIème siècle avant JC)
Les techniques de frappe monétaire ont beaucoup évoluées au cours de l’histoire. Les premières monnaies métalliques, utilisées en Occident, étaient sous forme de pépites d’électrum, alliage naturel d’or et d’argent. Ces pépites étaient charriées par le Pactole, fleuve qui circulait en Lydie, royaume d’Asie Mineure, où Crésus fut roi. Puis, jusqu’à la période galloromaine, les pièces d’or, d’argent, ou de potin (alliage de cuivre, d’étain et de plomb) étaient généralement frappées au marteau, mais certaines étaient aussi coulées dans un moule bivalve, dont le fond portait en creux l’image à reproduire (les pièces conservaient alors un tenon de coulée). Cette technique fut progressivement abandonnée, et la frappe au marteau s’imposa. A Rome notamment, les aureus, deniers ou sesterces étaient frappés dans un atelier monétaire situé près d’un temple dédié à Junon Moneta, c’est-à-dire Junon l’Avertisseuse, d’où l’étymologie du mot "monnaie".
 
Bien sûr, le faux-monnayage existait, et Charlemagne tenta de le limiter en centralisant la frappe des livres, sous et deniers, les fauxmonnayeurs étaient condamnés à avoir la main coupée. Mais face à la demande croissante en numéraire, un atelier devint insuffisant, aussi, Charles le Chauve, en 864, lors de l’Edit de Pitres, autorisa la frappe de monnaies dans dix ateliers (dont Rouen, Reims, Sens, Paris et Orléans). Cependant, à la mort du roi, ces ateliers furent progressivement contrôlés par des comtes, des seigneurs locaux, qui commencèrent à frapper leurs propres pièces: apparurent alors des monnaies féodales, telles que des deniers champenois, frappés à Provins par les comtes de Champagne, des deniers angevins ou mansois.
 
Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle, mit fin à cette parcellisation du royaume au niveau monétaire: il fit frapper en grande quantité, dans l’atelier de l’abbaye de Tours, des deniers appelés tournois (denier de Philippe Auguste), plus légers en argent que les deniers féodaux. Sans aller jusqu’à dire que Philippe Auguste fut le premier roi faux-monnayeur de notre histoire, cette "dévaluation" permit la refonte rapide des deniers féodaux lourds pour, avec la masse d’argent, réaliser plus de deniers légers du roi.
 
Dès lors, la Normandie nouvellement conquise, la Touraine, le Poitou, le Maine utilisèrent le denier tournois. Philippe Auguste avait déjà parfaitement compris une loi économique, appelée plus tard "loi de Gresham" (financier anglais, 1519-1579): "la mauvaise monnaie chasse la bonne", c’est-à dire la monnaie la plus légère chasse la monnaie la plus lourde. Au XIIIe siècle, le petit-fils de Philippe Auguste, Louis IX (1226-1270), fit l’inverse en frappant des écus, plus lourds en or que les florins de Florence, ou les ducats de Venise, qui circulaient alors en France. L’écu (écu Saint-Louis) superbe monnaie aux armes du royaume, fut un échec. C’est la raison pour laquelle, l’écu Saint-Louis est rare aujourd’hui: il n’en existerait que huit exemplaires. 
 
Le petit-fils de Saint Louis, Philippe IV le Bel, remporta quant à lui un succès, avec la frappe du "petit royal assis". De plus, la récupération du trésor des Templiers, ainsi que les conseils d’Enguerrand de Marigny, grand argentier, permirent au roi de mener une bonne politique monétaire. Différents ateliers assuraient alors la fabrication, toujours au marteau, des monnaies; cependant, cette technique manuelle, donc empirique, entraînait l’irrégularité des pièces: tout dépendait de la force du monnayeur et de l’emplacement du flan au moment de la frappe. Des rogneurs "s’amusaient" alors à récupérer à bon compte des parcelles de métal précieux, en limant la tranche. Les francs frappés par Jean II le Bon (franc à cheval à partir du 5 décembre 1360 (le roi choisit le mot "franc", "libre" en ancien français, car il venait d’être libéré par les Anglais, après quatre ans de captivité, suite à la défaite de la bataille de Poitiers, en 1356), les testons des rois Louis XII, François Ie et Henri II furent rognés sans vergogne.
 
En outre, Henri II, mécontent des variations des traits de son visage en fonction de l’habileté de chacun des graveurs dans chaque atelier, créa la charge de graveur général dès la première année de son règne, en 1547. Le premier, Marc Béchot, devait réaliser le portrait du roi sous forme de poinçon. Les coins en négatif étaient alors fabriqués à partir de ce poinçon en positif. Ainsi, l’image du roi sur les monnaies s’uniformisa. Cependant, le rognage perdurait, et le règne de Louis XIV mit fin à ces pratiques: en 1685, l’ingénieur Jean Castaing inventa un procédé qui permit le marquage sur la tranche, ce qui évita le rognage.
 
C’est également au XVIIe siècle que la frappe au marteau fut progressivement abandonnée. Les monnayeurs acceptèrent, après un siècle de tergiversations, d’utiliser le balancier. Cette presse à vis fut inventée dès 1550 par Max Schwab, un orfèvre d’Augsbourg; mais les monnayeurs, liés par le "Serment de France", qui leur ménageait certains privilèges, et par crainte, peut-être, de se retrouver au chômage, en refusèrent longtemps l’utilisation. Ainsi, les louis d’or et les écus d’argent furent frappés au balancier. Sur l’avers de ces monnaies (louis d’or) figurait l’effigie royale; Louis XVI devait certainement avoir déjà perdu la tête, lorsque, déguisé en valet, il donna à l’aubergiste de Varennes un louis d’or, sur lequel apparaissait son profil bourbonien. La Révolution suscita la renaissance du franc, et celui-ci subit alors tous les bouleversements politiques du XIXe siècle: le franc germinal fut frappé à l’effigie de Napoléon; puis, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe figurèrent sur le franc; la déesse Cérès caractérisa les pièces de la IIe République; plus tard, ce fut Napoléon III qui apparut sur les monnaies. La Marianne, puis la Semeuse dessinée par Oscar Roty en 1899, s’affichèrent sur les francs de la IIe République.
 
La Première Guerre mondiale entraîna l’abandon de la frappe en or et en argent; de nouveaux alliages, à base de nickel et de cuivre, apparurent. Le centre de ces nouvelles pièces fut perforé, pour éviter toute confusion avec celles en or et en argent. En outre, des monnaies timbres furent émises durant cette période de pénurie monétaire, pour les échanges journaliers: en 1915, la Chambre du Commerce et des établissements privés furent autorisés à émettre des monnaies de substitution, sous forme de capsules renfermant des timbres neufs de 5, 10 ou 25 centimes. Ce procédé fut breveté sous le nom de "F Y P", c’est-à-dire, "fallait y penser". Entre les deux guerres, la frappe en argent persista, mais les monnaies étaient essentiellement en nickel, alliage de bronze-nickel ou bronzealuminium. Le gouvernement de Vichy émit des pièces en aluminium, un peu molles, avec la francisque et la légende "Travail - Famille - Patrie".
 
Puis, une réforme monétaire eut lieu lorsque le général de Gaulle institua, en 1958, le nouveau franc (un franc en nickel, de la valeur de 100 francs anciens, et cinq francs en argent circulèrent à partir de 1960). Au niveau technique, le balancier fut progressivement abandonné au cours du XIXe siècle. Vers 1830 en effet, l’Allemand Dietrich Ulhorn mit au point une presse monétaire, possédant un lourd volant et un frein à main. Sa cadence de frappe était d’à peu près quinze pièces à la minute. Mais ce ne fut qu’en 1845 que la presse Thonnelier, variante de la presse Ulhorn, remplaça le balancier dans les ateliers de la Monnaie de Paris. En une minute, cinquante pièces pouvaient y être frappées. En 1880, la Monnaie de Paris obtint le monopole de la frappe; elle choisit alors la corne d’abondance comme poinçon de garantie. Vers 1930, la presse Pinchard-Denis, mue par un moteur électrique, fonctionna dans les ateliers parisiens; elle était capable de réaliser 120 pièces/minute, et fut utilisée jusqu’en 1973, année où la Monnaie de Paris créa à Pessac, en Gironde, de nouveaux ateliers, chargés de la fabrication des monnaies courantes.
 
Aujourd’hui, l’euro représente un formidable défi industriel pour la Monnaie de Paris. Quelque onze milliards de pièces ont été frappé pour 2003, et les presses mécaniques et hydrauliques de Pessac ont été mises au point pour réaliser 800 voire 850 pièces/minute. La cinquantaine de presses peut donc fabriquer 40 000 pièces en une minute, soit environ 14 millions d’euros par jour. La Monnaie de Paris, institution séculaire, dépend aujourd’hui du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Dans les ateliers parisiens et girondins, elle tient à promouvoir divers corps de métiers; elle accomplit son rôle d’organisme de frappe, tout en réalisant une palette d’activités plus artisanales, telles que la fabrication de médailles, monnaies de collection, outillages monétaires, bijoux ou bronzes d’art.
 
De nos jours de nouveaux États frappent leur propre monnaie. Tout récemment l'État islamique a instauré le Dinor-Or sur son territoire. Cette monnaie imite celle utilisée à l'époque du règne du troisième calife de l'islam, Othman ibn Affan (644–656). En effet Le dinar or, était une monnaie de la dynastie Omeyyades d'un poids de 4,25 grammes d'or à 22 carats, avec une teneur en or égale à 0,917. Sur la base de la valeur du dinar, le dirham d'argent était composé de 2,97 grammes d'argent pur. 
 
En vidéo ci-dessous --> La fabrication du Dinar or

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