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St Germain revient avec un album deep-house afro

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Le nouvel album de St Germain - Real Blues

Il y a quinze ans, St Germain était au faîte de sa gloire. Il sortait "Tourist", second album lesté de tubes internationaux comme "Rose Rouge" repris par la pub et sur scène par les Stones, recevait deux Victoires de la Musique et concluait une tournée mondiale de 200 dates en deux ans par un concert triomphal à Hyde Park (Londres) en juillet 2002. Et puis… plus rien. Ludovic Navarre disparaissait totalement du paysage. Vidé par cette tournée, il avait souhaité faire un break. "Pendant cette tournée, j'ai eu l'impression de devenir un robot, de ne plus créer", explique-t-il aujourd'hui. La pause a en tout cas été beaucoup plus longue que prévu.

Lorsqu'il se remet au travail derrière ses machines, Ludovic Navarre a le sentiment de se répéter. Il retombe encore et toujours sur le mélange envoûtant de house, jazz et blues qui a fait son succès. Or, ce sorcier du son veut absolument se renouveler, "toujours évoluer pour ne pas tomber dans la routine", comme il l'explique dans Tsugi Magazine qui lui consacrait sa couverture cet été.

Dès lors, ce précurseur de la musique électronique faite avec de vrais musiciens se met en quête d'autres sonorités et d'autres instruments à mettre en boucle. Pour ce grand amoureux des musiques noires, le rapprochement avec l'Afrique s'impose assez rapidement.

Sondant les sonorités africaines en véritable chercheur d'or, passant au tamis auditif tous les styles pour voir s'ils peuvent s'acclimater à son travail, il explore d'abord la musique du Niger puis du Ghana et des Touaregs avant de s'arrêter sur celle du Mali.

La guerre éclate, il ne se rendra pas au pays de Salif Keita et d'Amadou et Mariam. Mais il n'a pas loin où aller : Paris abrite une forte communauté de musiciens africains traditionnels chez lesquels il va recruter de merveilleux joueurs de kora, balafon, violon peul (à une seule corde) et n'goni (le luth des griots).

Ludovic Navarre a passé six ans penché sur cet album. Après avoir tenté sans résultat de travailler en groupe en studio, il est finalement revenu à sa bonne vieille méthode de travail en solitaire. Il a d'abord enregistré chaque musicien malien séparément, puis patiemment construit ses boucles et ses morceaux dans son repaire parisien sur les hauteurs de Montmartre.

"J'essaye de rendre justice à chaque musicien", dit-il. "Je ne fais pas que prendre un peu de ceci et un peu de cela. Non ! Je coupe, réarrange toute la structure, et puis je me réveille le lendemain matin et je reprends tout de zéro. Je ne suis jamais satisfait."

Car son rapprochement afro-house est somptueux. Le résultat n'est finalement pas très différent de ses deux précédents albums, et ceux qui comme nous s'en sont délectés durant des années s'y retrouveront. Car la musique de St Germain reste celle d'un artisan minutieux, d'un perfectionniste du son, qui a juste troqué en partie le blues et le jazz pour des sonorités africaines (parfois très proches du blues elles aussi).

Maître des textures et des climats, il a de nouveau composé une deep-house envoûtante, méditative et aérée, emprunte d'une sérénité majestueuse, souveraine en ces temps de clignotements incessants. La délicatesse des instruments maliens, la dentelle des boucles sonores, la dynamique des chants africains et la précision de la production: tout concourt à faire de l'auditeur un voyageur immobile, téléporté dans un ailleurs merveilleusement apaisant.

Inutile en revanche de chercher dans cet album de gros tubes à la "So Flute", "Rose Rouge" ou "Sure Thing", excepté le premier titre déjà dévoilé, "Real Blues" avec la voix de Lightnin' Hopkins, qui fait la jonction avec le St Germain très blues de "Tourist". Cet album "c'est un clin d'œil au Mali, j'avais vraiment la volonté de faire un pont entre l'Afrique et l'Occident", dit-il.

Après des années de labeur en studio, c'est désormais le live de St Germain qui a commencé le 12 du mois d'octobre à Paris. Autant dire une épreuve pour Ludovic Navarre, 46 ans, timide maladif allergique aux interviews et aux projecteurs. Il a d'ailleurs envisagé de jouer carrément dans le noir, derrière un rideau en ombre chinoise, ou mieux, d'envoyer une marionnette à sa place, "mais l'idée n'a pas plu", s'amuse-t-il.
L'album de St Germain est sorti le 9 octobre avec en pochette un visage créé par Gregos l'artiste de street art.

En vidéo ci-dessous --> Le clip de "Real Blues" avec la voix de Lightnin' Hopkins

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