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Safran gagnant à tous les coups

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Le stand Safran au salon du Bourget 2015

Et si le vrai vainqueur du salon du Bourget était Safran ? Le motoriste et équipementier aéronautique français, plus discret au salon que ses clients Airbus ou Boeing, n'en affiche pas moins une forme resplendissante. Quels que soient les avions commandés, le groupe est sûr d'être gagnant : il fabrique les moteurs du 737 MAX et du C919 chinois, et affiche une part de marché de 55% sur ceux de l'A320 NEO ; sa filiale Turbomeca conçoit le moteur Arrano du H160 d'Airbus Helicopters ; sa division Messier Bugatti-Dowty fabrique les freins électriques du 787, le train d'atterrissage de l'A350, son autre filiale Labinal assurant le câblage des deux appareils...

Le salon a déjà bien commencé pour le groupe français. Les 272 commandes de 737 Max et les 78 de C919 chinois vont se retrouver dans le carnet de commandes de Safran, dont le moteur Leap, développé avec GE, équipe en exclusivité ces modèles. Safran profitera également des ventes d'A320 NEO, dont il est un des deux motoristes, avec l'américain Pratt and Whitney. Il bouclera donc le salon avec plusieurs centaines de commandes de Leap supplémentaires, ce moteur affichant déjà plus de 70% de part de marché sur le segment des monocouloirs remotorisés, avec plus de 8.900 commandes décrochées au 14 juin.

Elève modèle, Safran ? Pas loin. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : depuis 2010, le chiffre d’affaires du groupe a augmenté de 43%, à 15,4 milliards d’euros en 2014. Le résultat opérationnel a plus que doublé, de même que le dividende. Près de 8.400 emplois nets ont été créés ces deux dernières années, dont la moitié en France, en grande partie pour accompagner la hausse des cadences de production des moteurs civils.

Pour atteindre son objectif d’assembler plus de 1.800 moteurs Leap dès 2018, Safran a quasiment triplé ses investissements dans ses usines depuis 2010, passés de 345 millions d’euros à 941 millions en 2014. Le groupe a ouvert deux usines jumelles dédiées à la fabrication de pièces du moteur Leap, à Rochester (New Hampshire) et Commercy (Meuse). En tout, c’est une quinzaine de sites français qui ont été créés ou modernisés pour accompagner l’augmentation de la cadence de production.

Mais pas question de s’enflammer : si Airbus, qui réfléchit à faire passer sa cadence de production d’A320 de 42 à 60 appareils par mois dès 2018, consulte actuellement ses fournisseurs sur le sujet, Safran refuse de prendre un engagement sur une augmentation de la production de Leap par rapport au planning prévu. "Il est trop tôt pour s’engager sur des volumes supplémentaires", assure Philippe Petitcolin.

En revanche, Safran, qui motorise le Rafale, pourrait bientôt augmenter ses cadences de production du M88, suite aux commandes récentes du chasseur français à l’export. Il faudra juste quelques contrats de plus : "Si on cumule l'ensemble des prospects sur lesquels les chances d'obtention de commandes sont relativement bonnes, soit plus de 50%, nous pouvons arriver à l'horizon de trois ans à des cadences de l'ordre de trois avions par mois", assure Philippe Petitcolin. Actuellement, le Rafale est produit à la cadence plancher d’un avion par mois.

Le groupe est également offensif sur ses autres marchés : l’Arrano de sa filiale Turbomeca a été sélectionné par Airbus Helicopters pour motoriser son tout nouveau H160, dont une maquette est présentée au salon du Bourget. Safran développe aussi le moteur Silvercrest du futur jet d’affaires Falcon 5X de Dassault, qui marque l’entrée du groupe sur le segment. Non sans difficultés : le Silvercrest a pris plusieurs mois de retard, avec une certification reportée à l’été 2016, au lieu de fin 2015 comme initialement prévu.

Côté sécurité, le marché semble être reparti après un ralentissement en 2013-2014. Safran, via sa filiale Morpho, a été sélectionné par la Slovaquie et l’Egypte pour le développement de documents d’identité sécurisés, et par les Emirats Arabes Unis pour un contrat de contrôle biométrique aux frontières. Le groupe a aussi été sélectionné par l’aéroport d’Heathrow pour un contrat de 45 systèmes de détection d’explosifs. Il établit aussi tambour battant la base de données biométrique de la population indienne, un des contrats les plus ambitieux de l'histoire du secteur : 850 millions d'Indiens sont intégrées à la base à ce jour, au rythme d'un million par jour !

Les prochaines années s’annoncent donc chargées pour l’industriel. Ce qui ne l’empêche pas de préparer le plus long terme. Les dépenses de R&D ont atteint 2 milliards d’euros en 2014. Safran dispose d’un portefeuille de 29.000 brevets, dont 900 ont été déposés en 2014. Le groupe est le deuxième déposant de brevets en France selon l’INPI , derrière PSA Peugeot Citroën, mais devant le CEA, Renault, Valeo, L’Oréal, le CNRS, Airbus Group, Bosch et Thales.

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