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Une centrale marémotrice géante au Pays de Galles

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Swansea bay

Le gouvernement britannique s’engage à grands pas dans la transition énergétique, avec de nombreux projets pour décarboner sa production d’électricité. En février 2015, il a donné son feu vert pour la construction de deux parcs éoliens offshore en mer du Nord. Ce Lundi 2 Mars 2015, les médias britanniques rapportent que les autorités sont en train d’examiner un grand projet d’énergie marémotrice au pays de Galles. Porté par la société Tidal Lagoon Power, le projet est d’une ampleur jamais envisagée par le passé : un lagon artificiel d’un périmètre de 22 kilomètres, comportant 90 turbines pour une puissance totale comprise entre 1.800 et 2.800 MW. C’est l’équivalent de deux à trois réacteurs nucléaires. Une telle centrale marémotrice pourrait alimenter 1,5 millions de foyers, soit la totalité de la population du pays de Galles.

Les centrales marémotrices existent depuis longtemps, mais aucun projet d’une telle ampleur n’a encore vu le jour. La centrale historique de la Rance, en Bretagne, dispose d’une capacité de 240 MW. Elle est restée la plus grande du monde jusqu’en 2011, lorsque la Corée du Sud a inauguré la centrale de Shiwa. Tidal Lagoon Power prévoit de dérober le titre à la Corée avec sa centrale de Cardiff.

Selon les explications des porte-paroles de la société, il s’agit ni plus ni moins de construire une digue de plus de 9 mètres de haut, longue de 22 kilomètres, pour isoler 70 kilomètres carrés sur la côte de Cardiff. Ce “barrage” en mer créerait un lagon artificiel, afin de produire de l’électricité selon le principe des vases communicants, en utilisant les courants des marées.

Le principe d’une centrale marémotrice est très simple. Lorsque la marée est basse, les vannes de la digue sont fermées. Quand la marée remonte, une différence de niveau est donc créée entre la mer d’un côté et le lagon de l’autre. Une fois que cette différence de niveau a atteint un niveau suffisant, les vannes du barrage sont ouvertes et l’eau se déverse dans le lagon, actionnant des turbines qui génèrent l’électricité.

Lorsque la marée s’inverse, et que l’eau se retire vers l’océan, les turbines sont actionnées en sens inverse pour une seconde phase de production d’électricité. Avec deux marées par jour, cela fait 4 phases de production d’électricité, entrecoupées de 2 phases de creux où les vannes sont fermées, soit environ 14 heures de production par jour.

L’énergie marémotrice est donc une énergie intermittente, mais elle a l’avantage d’être prévisible, bien plus que le vent ou le soleil. Les marées sont un phénomène cyclique lié à la force gravitationnelle de la Lune. La masse d’eau déplacée peut être aisément calculée par les scientifiques, donnant ainsi des prévisions fiables de production électrique.

Le projet doit déjà faire face à l’opposition des groupes de protection de l’environnement locaux. Inquiets pour l’écosystème fluvial, ils estiment que les turbines seront trop proches de l’estuaire de la rivière et qu’elles pourraient aspirer les poissons.

« Il reste beaucoup de travail à faire, de nombreuses études environnementales à mener, mais nous allons collaborer avec les organisations de protection de la nature pour mieux comprendre, éviter et minimiser tous les impacts environnementaux », a déclaré un porte-parole de Tidal Lagoon Power.

Le second problème posé par le projet est son coût. La construction du lagon devra être financée par des subventions. Avec un prix du mégawattheure garanti annoncé à 168 livres, le tarif de rachat serait très largement au-dessus du prix de marché  (44 livres sur le marché de gros britannique).

Cependant, les responsables de Tidal Lagoon Power insiste sur le fait qu’une telle infrastructure a une durée de vie de 120 ans, et que le prix du mégawattheure pourra être abaissé facilement entre 90 et 95 livres une fois certains coûts financés. Les négociations sur ce sujet vont être intenses dans les trois prochains mois, la réponse des autorités étant attendues en Juin 2015.

Ensuite, l’entreprise espère pouvoir déposer un permis de construire en 2017. Le projet devra passer une batterie de tests environnementaux et règlementaires avant de pouvoir être approuvé à l’horizon 2018. La mise en service potentielle ne pourra donc pas se faire avant 2022, dans le meilleur des cas.

Tidal Lagoon Power ne compte pas s’arrêter là et envisage 5 autres projets du même type sur les côtes britanniques. L’entreprise annonce que si elle parvient à réaliser tous ces parcs, elle pourra fournir 8% de l’électricité du pays.

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