Project Wing: Google fait décoller les drones livreurs

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Drone livreur

Google a également contracté le virus des drones à tout faire. Depuis deux ans, le géant de l’Internet travaille en secret sur un programme pour développer des drones livreurs. Son projet fait écho aux déclarations de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui, en décembre 2013, avait expliqué entrevoir un futur où les livres, DVD, entre autres, arriveraient sur le perron des consommateurs par les airs. Sauf que Google a dépassé, lui, le stade des annonces médiatiquement tonitruantes. Son laboratoire de recherche sur les technologies du futur, Google X, a déjà réalisé une trentaine de vols d’essai au fin fond du désert australien. Conclusion : ça marche. Le géant de l’Internet a même mis en ligne une vidéo (a voir en fin d' article) illustrant le fruit de ses efforts : un drone livre de la nourriture à un chien visiblement affamé.

“C’est technologiquement très intéressant, car Google utilise un modèle de drone convertible qui semble abouti”, remarque Florent Mainfroy, président d’Airinov, un spécialiste français du drone agricole. C’est-à-dire que le prototype utilisé peut s’envoler à la verticale, comme un hélicoptère, vole comme un avion et peut rester en vol stationnaire. Cet engin, parmi les plus compliqués à construire, “allie le meilleur des deux mondes : celui de l’hélicoptère et celui de l’avion”, résume Francis Duruflé, vice-président de la fédération professionnelle du drone civil.

Ce petit bolide a une envergure de 1,5 mètre, pèse plus de huit kilos et peut transporter, pour l’instant, des colis de deux kilos. Google s’est lancé, à l’origine, dans cette aventure pour livrer plus rapidement des défibrillateurs. Le géant américain a, ensuite, élargi son ambition au transport des médicaments en zones sinistrées et de produits divers et variés à des consommateurs comblés.

Et c’est là que le bât blesse. Le programme de Google a beau être plus avancé que celui d’Amazon, il “n’en relève pas moins pour l’instant de la science fiction”, assure Francis Duruflé. La technologie n’est pas le frein principal. Le rêve de drones livreurs se heurte au cadre réglementaire et aux infrastructures inadaptées en milieu urbain. Ce n’est pas un hasard si Google a fait ses tests loin de toute civilisation, dans le désert australien, et qu’il affirme que son projet n’en est “qu’à ses débuts”.

En France, par exemple, aucun drone civil de plus de 5 kg n’a le droit de survoler une ville. “Vous vous imaginez les dégâts que pourrait faire un drone d’une dizaine de kilos qui tombe du ciel en pleine rue ?”, prévient Francis Duruflé, qui construit lui-même des drones. En outre, “le pilote doit toujours pouvoir l’avoir en vue”, rappelle cet expert. Ce qui relève de la gageure en ville, avec tous les immeubles et autres structures qui bouchent l’horizon. Et puis, il faut pouvoir livrer la marchandise et donc avoir suffisamment de place au sol pour déposer les paquets en toute sécurité.

“Il y a aussi des problèmes d’encombrement de l’espace aérien”, note Florent Mainfroy. Si Google et Amazon obtiennent le droit d’utiliser les drones en ville, étant donné le nombre de consommateurs, c’est probablement une armée de livreurs volants qui se lancerait à l’assaut du ciel. Une perspective qui risque de ne pas plaire aux compagnies aériennes et aux contrôleurs aériens.

Mais alors qu’est-ce que Google est allé faire dans cette galère ? Son modèle économique repose sur la collecte de données sur Internet afin de nourrir sa machine à publicité. Travailler deux ans sur un projet qui, à première vue, n’améliore en rien l’accès au Web ou la collecte des informations en ligne peut sembler étrange. Surtout que les applications à but lucratif, comme les drones livreurs, sont loin de pouvoir être mises en place. “C’est vrai que j’ai été surpris d’apprendre que Google travaillait sur un tel programme”, reconnaît Florent Mainfroy.

Il n’y a, pour cet expert, qu’une seule explication possible : “Le marché des drones se développe très vite et Google a les moyens de se lancer dessus, alors pourquoi ne pas le faire ?”. Travailler sur des applications qui peuvent intéresser les consommateurs permet à tous ces géants des nouvelles technologies - Amazon, Google et aussi Facebook (qui a racheté un constructeur de drones) - de changer les mentalités et de “remplacer l’image du drone tueur par celle du drone civil utile”, estime Florent Mainfroy. Ainsi, même si la livraison par drone ne voit jamais le jour en ville, le grand public sera moins réfractaire et soupçonneux à l’égard d’autres utilisations civiles de ces engins. Reste à savoir lesquelles.
 

En vidéo ci-dessous --> Un drone Google livre de la nourriture à un chien visiblement affamé, dans le désert australien

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