Bill Gates favorable aux "super bananes" OGM

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Bill Gates et sa femme Melinda

Des "super bananes" seront-elles bientôt cultivées en Afrique ? C'est ce qu'espèrent le milliardaire Bill Gates et sa femme Melinda qui depuis plusieurs années, contribuent financièrement (10 millions de dollars soit 7,4 millions d’euros)à un projet de taille, par l'intermédiaire de leur fondation (Fondation Bill and Melinda Gates). Dirigé par des scientifiques du Queensland University of Technology en Australie, celui-ci vise à mettre au point un fruit génétiquement modifié censé lutter contre la mortalité infantile en Afrique. Chaque année, des milliers de jeunes enfants meurent des suites d'une carence en vitamine A. Cet élément essentiel joue un rôle important dans la vision mais aussi dans la croissance des os et dans la régulation du système immunitaire. Ainsi, une carence peut conduire à de sérieux problèmes de santé chez les enfants et à la mort si elle est prolongée.

"Les conséquences d'une carence en vitamine A sont désastreuses, provoquant la mort de 650.000 à 700.000 enfants chaque année et rendant aveugles au moins 300.000 autres", a expliqué dans un communiqué le professeur James Dale qui travaille sur le projet depuis 2005. "Il y a aussi des preuves solides que la carence en vitamine A conduit à un système immunitaire altéré et peut avoir un impact sur le développement du cerveau".

La vitamine A est tirée de l'alimentation et en particulier des aliments d'origine animale. Elle peut également être issue d'aliments d'origine végétale comme la carotte ou les épinards. Face au fléau que représente la carence en cet élément, les scientifiques australiens ont imaginé un fruit qui serait enrichi en vitamine A, la "super banane". D'ordinaire, les bananes sont relativement pauvres en vitamine A et en fer mais il s'agit d'un fruit très répandu dans la région des Grands Lacs d'Afrique. Depuis neuf années, les chercheurs se sont ainsi attelés à créer et cultiver des bananes de plus en plus riches en bêta-carotène et alpha-carotène, des éléments desquels l'organisme tire la vitamine A. "La chair de banane enrichie en pro-vitamine A est orange plutôt que la couleur crème à laquelle nous sommes habitués et en fait, plus la concentration en pro-vitamine A est élevée plus la chair de la banane est orange", a indiqué le professeur Dale.

"Nous cherchons à augmenter le niveau de pro-vitamine A à un minimum de 20 microgrammes par gramme de produit sec afin d'améliorer significativement l'état de santé des consommateurs de bananes africains", a t-il poursuivi. Et récemment, le projet a franchi une étape majeure. En effet, les États-Unis viennent d'autoriser la réalisation de tests sur l'homme.

Les tests cliniques, premiers à être réalisés dans le monde, devraient débuter d'ici peu. Les bananes cultivées en Australie ont déjà été transportées jusqu'aux États-Unis. D'après les scientifiques, les essais devraient durer six semaines et les résultats définitifs seront connus d'ici la fin de l'année. Des tests ont été déjà été menés en laboratoire en Australie et dans un champ dans le Queensland. "Les essais humains sont une étape significative pour ce projet débuté en 2005", a affirmé le professeur Dale. Ils consisteront à évaluer notamment les niveaux de vitamine A chez des personnes consommant les super fruits. "Nous savons que notre science fonctionnera. Nous avons fait toutes les constructions, les gènes qui sont allés dans les bananes, et nous les avons mis dans les bananes ici à l'Université". Si les tests sont concluants, la culture des fruits pourrait être autorisée en Ouganda et dans d'autres pays de l'est africain tels que le Rwanda, la République démocratique du Congo, la Tanzanie ou encore le Kenya. Des essais de culture limitée en champ sont actuellement menés en Ouganda où le Parlement travaille sur la question de la législation des cultures d'OGM.

D'ici trois ans, des plants de bananes pourraient être sélectionnés pour mener des tests sur terrain en différents lieux en Ouganda, d'après le professeur Dale qui espère que la culture à grande échelle pourrait débuter d'ici 2020. Le scientifique estime que l'un des défis les plus importants sera de passer d'un projet à petite échelle à un projet d'échelle nationale. Mais son équipe a déjà été rejointe par des doctorants ougandais pour mener à bien les travaux. "Le projet a le potentiel pour avoir un énorme impact positif sur l'alimentation de base à travers la majorité de l'Afrique et de fait, sur la santé et le bien-être de millions de personnes sur des générations", a t-il ajouté dans le communiqué de l'Université. Néanmoins, le projet s'est d'ores et déjà attiré les foudres des anti-OGM qui ne voient là qu'une nouvelle manière de répandre la culture de ces plants modifiés et de redorer leur réputation qui suscite encore largement la controverse.

D'ailleurs, comme le rappelle l'AFP, ce n'est pas la première fois que les scientifiques se tournent vers les OGM pour résoudre des problèmes de carence alimentaire. En 1999, une équipe a présenté une variété de "riz doré" également enrichie en pro-vitamine A grâce à une modification génétique. Toutefois, le riz commercialisé a été au coeur d'une large controverse et certains ont contesté les résultats positifs obtenus par ses concepteurs qui ont eux poursuivi leur travaux. En 2005, les scientifiques ont mis au point une nouvelle variété de "riz doré" qui contiendrait plus de 20 fois la quantité de bêta-carotène contenue dans la première.
 

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