Une association archéologique des jeux vidéo

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Joseph stocke précieusement les jeux vidéo

Au Japon, une association de passionnés a entamé un long et patient travail d'archivages des premiers jeux vidéo produits dans l'archipel. Joseph Redon est exilé là-bas depuis déjà treize ans. Depuis son plus jeune âge, il s'est passionné pour les jeux vidéo japonais, les consoles (en particulier la PC Engine) mais aussi les jeux d'arcade (aussi bien les jeux que le matériel en lui-même). C'étaient déjà ses principales préoccupations dans sa région natale d'Evian, puis à Paris quand il y emménage à l'âge de 16 ans. Il est arrivé au Japon en 2000 pour accomplir son rêve d'enfance, mais également pour étudier l'histoire du jeu vidéo, et tout particulièrement les jeux qui n'ont jamais été plus loin que l'archipel  dont une grande part de jeux PC.

Rapidement, il a constaté qu'historiquement, le Japon ne faisait pas grand cas de la sauvegarde de sa culture populaire, et que le jeu vidéo ne faisait malheureusement pas exception. Manquant de place au sein de l'habitat traditionnel japonais, le jeu vidéo est surtout considéré comme un produit sans valeur, et il ne reste quasiment plus rien des premières machines datant des années 1970 et 1980. Les médias utilisés à l'époque (disquette, cassette), couplés aux conditions climatique de l'archipel (100 % d'humidité en été) ont considérablement réduit les chances de conservation. Aucune initiative, qu'elle soit publique ou privée, n'a été prise.

Pire, les collectionneurs sont culturellement anti-préservation, et ne veulent que trop rarement donner accès à leurs archives. Ils pensent souvent, également pour des raisons religieuses, que moins l'objet est partagé et connu et plus il a de la valeur pour son propriétaire. Joseph Redon va cependant rencontrer Fukuda, un Japonais qui partage la même vision que lui, et qui ressent aussi le besoin de préserver ce patrimoine culturel japonais. Ensemble, ils fondent en 2011 la "Game Preservation Society", une association à but non lucratif.

L'association compte maintenant 16 membres, et son objectif est de cataloguer de manière exhaustive la richesse de cette culture, puis de mettre la main sur de rares et authentiques reliques encore en état de fonctionnement. Le plus impressionnant, c'est qu'ils recherchent, dans leur laboratoire installé dans une maison d'un quartier résidentiel de Tokyo, toutes les techniques pour préserver et remasteriser ces vieux jeux qui sont en train de disparaître. Le défi est de taille, et les deux associés ont pour sacerdoce de n'utiliser que les originaux, au lieu d'une quelconque copie. Ils analysent, décodent, documentent des technologies déjà oubliées, restaurant également le matériel original tels des archéologues fouillant les vestiges de l'aube de notre civilisation numérique.

Leur grande fierté, c'est d'aller jouer dans la salle de rétro-gaming « Natsuge Museum » (Natsuge est un néologisme formé par un caractère évoquant un souvenir nostalgique et la première syllabe de jeux en japonais, qu'on peut donc traduire par « jeux évoquant la nostalgie ») d'Akihabara, où on peut s'asseoir à une borne du système "DECO" (développé par Data East en 1980), qu'ils ont réussi à restaurer.  "Restaurée avec amour, comme une Bugatti des années 1920", précise Joseph. L'achat récent de jeux vidéo par le MOMA de New-York les conforte dans ce qu'ils considèrent comme le travail de toute une vie. Joseph prend souvent l'exemple des Ukiyo-e, ces "images du monde flottant" qui n'étaient d'aucune valeur pour les Japonais jusqu'au jour où les occidentaux commencèrent à les collectionner, en pensant à la valeur culturelle. Aujourd'hui, les Ukiyo-e sont considérées comme des trésors nationaux.

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