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Réduire de 30 % les émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030.

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D’un trait de crayon, Barack Obama vient de restaurer la domination américaine en ces temps de dérive de la lutte contre le réchauffement climatique : la nouvelle réglementation élaborée par son gouvernement pour réduire les émissions des centrales électriques constitue une avancée d’une ampleur inédite pour les Etats-Unis. A elle seule, cette mesure ne suffira évidemment pas à inverser la tendance climatique mondiale. Loin s’en faut. Mais c’est de la part du président un encouragement concret donné aux entreprises et aux chercheurs pour qu’ils collaborent au développement de la prochaine génération de technologies propres. Il est déplorable que le Congrès américain continue de refuser d’agir malgré les preuves accablantes du changement climatique. Mais le mieux n’est pas forcément l’ennemi du bien.

La nouvelle réglementation draconienne de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) devrait avoir pour principal effet de peser sur la conférence sur le climat prévue à Paris en 2015. Après avoir fait montre d’un immobilisme qui a voué à l’échec le sommet de Copenhague de 2009, les Américains ont laissé le processus onusien à l’abandon. Certains pays, dont la Chine et l’Inde, ont perdu tout intérêt pour les négociations internationales et œuvrent chacun de leur côté à l’amélioration de leur efficacité énergétique nationale. Mais ces initiatives ne peuvent nullement se substituer à une action mondiale.

En vertu de la nouvelle réglementation, les Etats-Unis devront d’ici à 2030 réduire leurs émissions de C02 de 30 % par rapport à leur niveau de 2005. Elles ont déjà en partie baissé, en raison des effets de la crise de 2008 et de la révolution américaine du gaz de schiste. Les mesures prises cette semaine permettront d’entériner ces premières diminutions et de montrer la voie à de nouvelles.

Par le passé, en particulier quand le Congrès puis le gouvernement Bush ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto, les Etats-Unis ont été des retardataires chroniques. Aujourd’hui, c’est en pionnier que Barack Obama pourra se rendre à la conférence de Paris. Reste la menace la plus importante, celle d’une réaction brutale du lobby américain des énergies fossiles. La coalition de défense du “charbon propre” accuse Obama de "déclarer la guerre au charbon”. Une accusation qui n’est guère fondée. Nombre des quelque 600 centrales au charbon implantées aux Etats-Unis pourraient à terme être contraintes de fermer – sauf si elles sont capables de déployer des technologies de captage et de stockage du CO2.

Seules souffriront les centrales qui ne se mettront pas au diapason des nouvelles normes. Car les mesures prises par l’EPA comprennent un coup de pouce plus que bienvenu à la recherche sur le piégeage du dioxyde de carbone. Conçues pour offrir de la souplesse, les nouvelles règles renforcent également les mécanismes dits de cap and trade [Bourses aux droits d’émission] instaurés par les Etats, qui devraient permettre à terme d’établir une sorte de cotation du CO2. Là encore, il aurait été plus simple que le Congrès impose un cours national des émissions de CO2 –, mais la solution proposée aujourd’hui est la meilleure après celle-ci.

Les détracteurs du projet d’Obama prédisent la hausse du coût de l’électricité et les destructions d’emplois que causeront les mesures de l’EPA. En réalité, la réglementation sur les centrales électriques s’inscrit dans le droit fil du durcissement des normes sur les émissions des véhicules motorisés, qui se traduit déjà par toutes sortes d’investissements dans les automobiles hybrides et électriques de nouvelle génération. Autant d’avancées qui créent de la valeur et stimulent la compétitivité américaine.

De la même façon, ce sont des mesures et des investissements publics antérieurs qui ont débouché sur la mise au point de la technique de fracturation hydraulique, l’un des principaux moteurs de la création d’emplois aux Etats-Unis depuis cinq ans. Les entreprises et les consommateurs américains n’ont rien à craindre de normes plus ambitieuses : elles contribuent à maintenir les Etats-Unis à la pointe.

Certains démocrates ont également rejoint les rangs des détracteurs de la nouvelle réglementation. Parmi eux figurent un ou deux sénateurs qui risquent d’être à la peine pour se faire réélire en novembre prochain. Barack Obama fait preuve de courage en ignorant leurs contestations. Son parti peut perdre le contrôle de la chambre haute aux législatives de mi-mandat, c’est un fait. Mais la présidence Obama sera indubitablement renforcée par la nouvelle réglementation de l’EPA et, avec elle, la position des Etats-Unis dans le monde.

Nul doute que cette volonté américaine d’aller vers plus d’écologie rencontrera de nombreux obstacles, parmi lesquels des actions en justice de la part d’entreprises du secteur des énergies fossiles. Mais elle mérite de passer les fourches caudines des tribunaux, car elle constitue aussi une bonne base pour la suite. Le Congrès devra rattraper son retard, et ce ne sera pas la première fois dans l’histoire des Etats-Unis.
 

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