Ariane Espace toujours leader

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La fusée Ariane 5

SpaceX, le rival américain d'Arianespace, qui a réussi son second lancement dans la nuit de lundi à mardi, continue de faire parler de lui. Le succès aussi rapide qu'inattendu du lanceur américain Falcon 9, développé par SpaceX, est-il de nature à sortir Arianespace du marché commercial des petits (jusqu'à 3,4 tonnes) et des moyens satellites (jusqu'à 5 tonnes) ? Ce mardi, le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël a estimé lors de la présentation de ses vœux à la presse, que ce ne sera pas le cas. Arianespace dispose encore de sérieux atouts pour gagner le match contre SpaceX. Et ce malgré le dumping incroyable de l'américain et la parité euro/dollar très défavorable à la société européenne. Stéphane Israël va d'ailleurs demander à l'Agence spatiale européenne (ESA) de mieux soutenir Arianespace, qui traine « un désavantage compétitif » avec la parité euro/dollar, explique-t-il.

Ce n'est pas rien : Ariane 5 vient de fêter 11 ans de succès ininterrompus, soit 57 lancements réussis d'affilée et douze chronologies consécutives sans aléas qui ont permis des lancements à l'heure. L'année 2013 a confirmé ce sans-faute opérationnel. Un bilan et une fiabilité qui ne peuvent que rassurer les clients dans une industrie toujours très complexe à maîtriser. "C'est un acquis que nous avons, a rappelé Stéphane Israël. Un track record que SpaceX n'est pas prêt de rattraper".
Pour autant, cette industrie reste très fragile pour toutes les sociétés de lancement de satellites. Elles peuvent être remises en question après une série d'échecs à l'image du lanceur russe Proton aujourd'hui en panne de clients. Arianespace a d'ailleurs également payé pour le savoir avec l'échec cuisant de 2002, qui a failli emporter toute la filière lanceur européenne. Cette amère expérience joue également en sa faveur. Depuis plus de dix ans, le CNES et Arianespace ainsi que les industriels ne prennent aucun risque. Comme le démontre une nouvelle fois le report du vol VA 217 de "quelques jours". Il était prévu initialement le 23 janvier prochain.

En dépit des prix pratiqués par SpaceX - une aubaine pour les opérateurs -, Arianespace sait encore gagner des petits satellites. En 2013, Ariane 5 a engrangé quatre petits satellites de moins de 3,4 tonnes sur les quatre qui se sont présentés sur le marché, a annoncé ce mardi son PDG, Stéphane Israël. Des succès vitaux qui sont la clé de la réussite des lancements doubles d'Ariane 5 ECA (9,5 tonnes d'emport de charges utiles). L'appairage traditionnel d'Ariane 5 est un gros satellite (5 à 6 tonnes) et un petit (moins de 3,4 tonnes).
En revanche, dans le segment des satellites moyens (entre 3,4 et 5 tonnes), Arianespace a fait un flop sur les trois compétitions achevées en 2013. La société doit confirmer ses succès. D'autant qu'elle attend une croissance du marché des petits satellites dans les deux ans qui viennent.

Le Falcon 9, un lanceur développé par la société SpaceX créée par le milliardaire Elon Musk a seulement la capacité de placer une charge utile de 4,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire. Contrairement à Arianespace, SpaceX est pour le moment hors course pour lancer les gros satellites de cinq tonnes. SpaceX travaille actuellement sur une version lourde de son lanceur baptisée Falcon Heavy. Cette version lourde a deux étages et dispose de 28 moteurs, dont 27 pour les seul premier étage. La capacité du lanceur est de 53 tonnes en orbite basse et de 19,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire. Soit le plus gros lanceur au monde. Un premier vol de démonstration est prévu cette année à partir de la base de l'Air Force à Vandenberg en California.

Pour mieux rivaliser avec la concurrence, la société européenne de lancement a engagé dès 2013 toute une série de chantiers opérationnels destinés à adapter la gamme de lanceurs aux besoins du marché et à permettre son exploitation avec une souplesse accrue aux cours des prochaines années. C'est déjà le cas avec l'adaptation d'Ariane 5 ECA. Pour répondre à l'accroissement de la taille des satellites de télécoms, Arianespace a engagé un programme financé par la France et la Suisse visant à augmenter, sans perte de performance, le volume disponible sous la coiffe. Cette nouvelle coiffe sera disponible au deuxième semestre 2015.

En outre, pour augmenter la capacité et la flexibilité des opérations au Centre Spatial Guyanais (CSG), Arianespace a obtenu de haute lutte la construction du Nouveau Bâtiment de Remplissage (NBR) dédié aux opérations de remplissage en ergols de l'étage supérieur de Soyuz, le Fregat.Il sera mis en service au premier semestre 2015. L'objectif est de libérer le bâtiment actuel (S3B) au profit des charges utiles, le remplissage en ergols de ces dernières constituant aujourd'hui le goulet d'étranglement des campagnes de lancement au CSG.

Enfin, "l'amélioration de la planification opérationnelle combinée des trois systèmes de lancement, a permis de réduire les durées de campagne de Soyuz et Vegaainsi que de 3 à 2 semaines l'intervalle minimum entre deux missions sur des lanceurs différents", explique Arianespace dans un communiqué.

55 millions de dollars pour un lancement, un prix qui défie toute concurrence. "Arianespace ne se lancera pas dans une guerre des prix", a assuré Stéphane Israël. Surtout SpaceX ne pratique pas les mêmes prix entre les Etats-Unis et le marché commercial. "On verra ce que fera SpaceX dans la durée mais nous constatons qu'il facture ente 120 et 140 millions de dollars par lancement à la NASA et beaucoup plus bas sur le marché commercial", a constaté le patron d'Arianespace.

S'il ne veut pas le dire, il le pense très fort : SpaceX fait du dumping. Au CNES, certains affirment que la société américaine ne pourra pas tenir avec des prix aussi bas. La NASA, qui a fait un audit sur les lanceurs commerciaux américains, estime que le prix moyen d'un lancement Falcon 9 s'élève à 141 millions de dollars sur la période 2012-2020.

S'il y a bien un cauchemar pour les opérateurs, ce serait un monopole dans le lancement des satellites. "Nos clients détestent des situations de monopole", confirme Stéphane Israël. Ainsi, en 2012, SES aurait communiqué à Arianespace sa décision de passer d'une situation où il avait deux fournisseurs traités de la même façon, Arianespace et ILS (lanceur Proton), à une situation où il aura un fournisseur prépondérant, Arianespace et un second fournisseur, SpaceX.

Pour répondre aux besoins d'un marché qui devrait voir le nombre des satellites petits et moyens augmenter sous l'effet de la propulsion électrique, Arianespace disposera au plus vite du lanceur Ariane 5 ME, lequel permettra en outre plus de flexibilité grâce son étage supérieur doté d'un moteur cryogénique ré-allumable (le Vinci). "Un bijou technologique", estime le patron d'Arianespace. La société pourra enfin appairer des gros satellites avec des moyens grâce à la performance accrue d'Ariane 5 ME (11 tonnes de charges utiles, contre 9,5 tonnes aujourd'hui).

Un premier lancement est possible dès 2018. Soit dans quatre ans minimum. "Cela suscite beaucoup l'intérêt d'Arianespace, assure-t-il. Ce lanceur est en phase avec le marché". D'autant que Astrium tient les performances annoncées et reste dans l'enveloppe budgétaire, assure-t-on chez Arianespace. Le patron d'Astrium, Fançois Auque avait reconnu en janvier 2013 que "Ariane 5 ME sera peut-être au kilo légèrement plus cher que le lanceur américain Falcon 9".

Dans le prolongement d'Ariane 5 ME, Ariane 6 répondra à la fois aux besoins des clients institutionnels européens et du marché commercial en proposant un prix de lancement compétitif (70 millions d'euros) pour les gros comme pour les petits satellites. L'ESA et l'industrie européenne travaillent pour définir un lanceur le plus compétitif possible durant la prochaine décennie. En outre, le CNES aurait des avantages concurrentiels dans la manche qu'il ne veut surtout pas ébruiter pour le moment.

Pour Arianespace, il faut un lanceur le plus flexible possible et poussé selon les cas avec deux ou quatre booster à poudres. C'est ce que demande aussi le luxembourgeois SES, le plus gros opérateur mondial. Il doit être le plus résilient possible à différents scénarios de contrats de lancements. Notamment Ariane 6 devra être capable de faire des lancements doubles.
 

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