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Un petit bond de lapin, un grand pas pour la Chine

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Alunissage de Change' e-3

Lancée le 2 décembre dernier du centre de lancement de Xichang, dans le sud-ouest de la Chine, par une fusée Longue Marche 3B, la sonde Chang’e-3 se plaçait en orbite lunaire 5 jours plus tard. Cet alunissage est le premier tenté et réussi depuis la mission russe Luna 24 de 1976. Une fois posé, l’atterrisseur a déployé, semble-t-il avec succès, ses panneaux solaires. Plus tard dans la journée, il devrait procéder à la libération du rover Yutu, ce qui signifie lapin de jade. Ce petit robot automobile d’une centaine de kilogrammes aura pour mission d’explorer les alentours du site d’atterrissage et de mener diverses expériences scientifiques sur la composition du sol lunaire.

L'atterrisseur fera lui aussi un peu de science. Équipé d'un télescope de 15 cm pour étudier des galaxies et des étoiles dans les UV moyens, il dispose aussi d'une caméra à rayons UV extrêmes capable d'observer la plasmasphère, ce gaz ionisé extrêmement ténu façonné par le champ magnétique qui entoure notre planète. Cette caméra pourra notamment regarder la formation des aurores magnétiques simultanément aux pôles Nord et Sud de la Terre.

L'objectif de la Chine est de faire fonctionner tous ces instruments pendant quelques mois. L'atterrisseur est équipé d'une pile nucléaire pour générer de l'électricité et se chauffer pendant les nuits lunaires, extrêmement froides, qui durent 14 jours terrestres. Le rover, équipé de panneaux solaires pour son alimentation électrique, «dormira » pendant ce temps. Un petit chauffage atomique doit lui permettre de protéger ses équipements pendant son sommeil. «S'il se réveille de sa première nuit, qui démarrera dix jours après l'alunissage, alors il devrait pouvoir tenir sans problème au moins 3 cycles lunaires », souligne Bernard Foing. Il n'en faudrait pas tant pour que la mission soit une réussite : parvenir à faire quelques tours de roues après un alunissage réussi serait déjà une belle victoire pour la Chine.

Si la mission de Change'-3 sur la Lune devait se poursuivre aussi bien qu'elle a commencé, ce serait un signal très encourageant pour la suite du programme d'exploration lunaire chinois. Celui-ci prévoit en effet l'arrivée en 2017 d'une sonde capable de prélever des échantilons de sol lunaire et de les renvoyer sur Terre.

Depuis les travaux préparatoires menés en 1996 sur Smart-1, la première mission européenne lunaire, l'Agence spatiale européenne (ESA) nourrit des relations privilégiées avec la Chine. «En 2006, nous leur avons donné les informations pour qu'ils puissent recevoir les données envoyées par la sonde Smart-1 avec leur radiotélescope », se souvient le responsable scientifique du projet, Bernard Foing. Cela a permis aux ingénieurs chinois de préparer leur première mission lunaire, Chang'e 1, lancée en 2007.

L'ESA apporte aujourd'hui son soutien dans l'acquisition des données envoyées par Chang'e 3 grâce à son réseau mondial de stations, qui permettent un suivi en continu des objets lunaires. Les antennes en Espagne et en Australie seront ainsi mises à contribution pour le désorbitage et l'alunissage. «Nous réceptionnerons aussi les données scientifiques envoyées par l'atterrisseur et le rover en cas de succès », ajoute le scientifique français, qui se félicite de cette «étroite collaboration ».

Pour la première fois depuis 1972, plusieurs pays nourissent des projets d'exploration lunaire. Mais cette fois, ce n'est pas une simple visite qui est programmée, mais l'établissement d'une base permanente. Chercher à établir une base sur la lune sort de l'ordinaire. Mais tel est bien l'objectif poursuivi par beaucoup de projets scientifiques.

Pour vivre à la surface de la lune, les êtres humains auront besoin d'eau fraîche et d'oxygène. La découverte, en 1993, de vastes plaques de glace au niveau des pôles de la lune laisse ouverte la possibilité pour l'homme d'y établir une base permanente. Les scientifiques ont aussi trouvé de l'oxygène dans le sol lunaire. Selon leurs estimations, 190 tonnes de sable lunaire sont nécéssaires à la production d'une tonne d'oxygène, ce qui pourrait permettre à 10 personnes de vivre une année sur la lune. Pour ce qui est de la nourriture, les scientifiques ont, ces dernières années, réalisé de nombreuses expériences biologiques, et cultivé plus d'une douzaine de "légumes spatiaux", notamment du blé, du maïs et des tomates. En l'absence de toute gravité, leur croissance se révèle beaucoup plus rapide que sur terre. Le ravitaillement de la base lunaire en énergie ne poserait pas de problème particulier elle non plus. La radiation solaire, qui est de 1 à 5 fois plus élevée sur la surface lunaire que sur la terre, pourrait être utilisée pour produire de la lumière, se chauffer et générer de l'énergie.

Les Etats-Unis sont les premiers à avoir conçu des plans pour l'établissement d'une base sur la lune. Un scientifique américain a proposé un tel plan pour la première fois dans les années 1990. Il ne s'agissait pas de mettre en place une base temporaire abritant une douzaine d'individus, mais bien d'édifier une base permanente pouvant héberger plusieurs centaines de personnes. Selon ce plan, un système de production à part entière doit être établi, et chaque outil de production, chaque objet de la vie quotidienne, même ceux utilisés dans les loisirs, doivent être perfectionnés. D'autres pays, parmi lesquels la Chine, le Japon et la Russie, disposent eux-aussi de leur propre feuille de route pour l'établissement d'une base lunaire. Celle-ci sera la première étape d'un grand projet visant à assurer la survie humaine dans l'espace extra-atmosphérique.

En vidéo ci-dessous --> l'alunissage de Change' e-3

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