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Mars a pu héberger des êtres vivants

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Yellowknife Bay

S’appuyant sur les résultats du rover Curiosity, quatre publications scientifiques parues dans la prestigieuse revue Science confirment que la planète rouge a bien présenté par le passé un environnement favorable à l’émergence du vivant. Le rover Curiosity a observé des roches sédimentaires formées par la lente accumulation de particules dont la finesse, entre autres arguments, indique qu'elles se sont jadis déposées au fond d'un lac qui occupait une partie du cratère Gale. Cet environnement aurait pu convenir à une éventuelle vie primitive présente à la surface.

De plus, les éléments essentiels constituant les organismes vivants tels le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, le soufre, l'azote et le phosphore ont également été détectés dans ces mêmes sédiments par Curiosity. Ces conditions favorables pourraient avoir perduré de quelques centaines à quelques dizaines de milliers d'années.

L’article principal rassemblant ces découvertes, Un environnement fluvio-lacustre habitable à Yellowknife Bay, a pour premier signataire John Grotzinger, directeur scientifique de la mission Mars Science Laboratory. L’article est notamment cosigné par les français Nicolas Mangold, du Laboratoire de Planétologie et de Géodynamique de Nantes (LPGN,CNRS/Université de Nantes), Michel Cabane du Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales (LATMOS), ainsi que Sylvestre Maurice et Olivier Gasnault, tous deux de l’Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (IRAP, CNRS/Université Toulouse III Paul Sabatier).

C’est dans une dépression de terrain surnommée «Yellowknife Bay», à quelque 500 mètres du lieu d'atterrissage de Curiosity, que ces découvertes cruciales ont été réalisées.

L’endroit avait éveillé l’intérêt des scientifiques dès les premières semaines de la mission car il présentait toutes les caractéristiques géologiques d’un ancien cours d’eau, au débouché duquel un lac aurait pu se former. Il avait donc été décidé d’envoyer Curiosity faire un crochet vers Yellowknife avant de le diriger vers son objectif principal, le mont Sharp qui trône au milieu du cratère Gale.

Les résultats publiés dans Science montrent que les responsables scientifiques de la mission ont été bien inspirés de faire ce détour : après y avoir foré le sol sur une profondeur de 6,4 cm, Curiosity a mis au jour un matériau grisâtre évoquant l’argile.

Les analyses menées dans la foulée par les instruments SAM, bénéficiant d’une forte contribution française, et CheMin ont confirmé que ce matériau contenait effectivement des argiles, dépôts sédimentaires fruits de l’érosion des roches par de grandes quantités d’eau liquide et sur de longues périodes.

ChemCam, autre instrument à forte participation française, a détecté pour sa part des veines de gypse, cristal de calcium se formant dans les fissures rocheuses là encore au contact prolongé de l’eau. Si elles permettent déjà de répondre affirmativement à la question de savoir si Mars a été dans un lointain passé, entre 3 et 3,6 milliards d’années, un milieu propice à l’apparition de la vie, ces découvertes ne disent encore rien sur une éventuelle émergence du vivant sur la planète rouge au cours de la même période.

Les recherches d’éventuelles molécules organiques complexes dans le sol de Mars n’ont en effet pour le moment donné aucun résultat concluant, mais les scientifiques ne désespèrent d’avoir plus de succès lorsqu’ils étudieront les denses dépôts sédimentaires argileux situés à la base du Mont Sharp, que Curiosity doit atteindre prochainement.

Ces résultats jettent aussi un nouvel éclairage sur les conditions qui ont pu présider à l’apparition du vivant sur Terre, laquelle connaissait à la même époque un contexte sans doute très comparable à celui mis en évidence sur Mars par ces travaux, et aujourd’hui totalement bouleversé par plus d’un milliard d’années d’érosion et de transformations diverses. « Par chance, Mars a figé une histoire qu’on ne peut plus étudier sur Terre » souligne Olivier Gasnault.

 

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