Le Baron Bernard Lavilliers

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Bernard Lavilliers

«Pour moi, un nouvel album, c’est une nouvelle idée. Si c’est pour réexploiter la même que la fois précédente, j’arrête»,dixit Bernard Lavilliers. Soixante-sept ans dont quarante-deux de carrière, mais pas l’ombre d’un manque d’inspiration pour celui auxquels sont systématiquement accolés les qualificatifs « baroudeur » et « engagé ». Baroudeur, car ce Stéphanois à la barbe rebelle et à la boucle d’oreille de cap-hornier a baladé sa guitare de la Jamaïque à l’Angola en passant par le Brésil et les États-Unis, «  chopant  » au passage des rythmes d’ici et de là et créant des tubes à tour de bras, de Melody tempo harmony à Stand The Ghetto en passant par Idées noires. «  Engagé », il l’est « à l’ancienne », dans la lignée de Léo Ferré et des poètes communistes, chantant dans les usines en 1968, ou auprès des altermondialistes, ou de Mélenchon plus dernièrement.

 « Y’en a marre ! On est tombés bien bas ! » , hurlait-il encore il y a trois ans dans son précédent album, Causes perdues et musiques tropicales (en référence aux mots qu’il a employés pour décrire son style à Mitterrand !). Cette fois, la voix est plus posée et grave, les textes, denses, parfois sombres, s’interrogent sur l’art, la création et la vie, parlent moins directement de politique. C’est «  moins frontal  », «  plus troisième degré  », explique-t-il, volubile, lyrique, parfois (un peu) perché, expliquant, détaillant, défendant chacune de ses chansons. À l’origine de cet album, comme souvent chez cet artiste, il y a un voyage. Après le séisme en Haïti, il part tourner un documentaire sur les artistes locaux. Il en revient avec quelques superbes chansons, dont la fascinante Baron samedi (du nom de l’esprit vaudou qui règne sur les cimetières haïtiens) qui porte littéralement l’album.
On retiendra aussi Tête chargée, façon dont l’on qualifie l’inspiration en Haïti, indirectement dédiée à Romain Humeau d’Eiffel , avec qui il a coécrit une bonne partie de l’album. Dans un tout autre genre, on aime aussi la pop Scorpion qui ouvre l’album sur un poème turc de l’après-guerre nous contant une «  nuit terrifiante  » qui, prédit Lavilliers, «  pourrait bien arriver, à force de repli sur soi et de recherche du bouc émissaire   ». La très épurée Villa Noailles conclut quant à elle joliment l’album par l’évocation de ce lieu foulé par les surréalistes et où le chanteur aime à aller se ressourcer «  sur les pas d’Erik Satie  ». Un peu à part, perdue au milieu de l’album, il ne faut pas non plus rater la chanson Sans fleurs ni couronnes, «  la plus secrète, la plus intime de l’album  » sur les funérailles de sa mère, que l’auteur a d’abord écrite pour son père. Et puis il y a des textes plus sombres, plus noirs, Vivre encore ou Vague à l’âme, qui à force de tristesse et de pessimisme, renforcés parfois par des violons qui se font trop pesants, n’atteignent pas leur but.

Enfin, il y a une belle surprise : celle d’un deuxième CD dans lequel le chanteur met en musique le long poème de Blaise Cendrars Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, écrit il y a cent ans. Dans ce texte de 27 minutes, sublime et très cinématographique, le chanteur se fait passeur. Car Bernard Lavilliers est avant tout un passeur, de rythmes, de sons ou d’idées.

En vidéo ci-dessous --> Bernard Lavilliers - Scorpion (extrait de son nouvel album)

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