Kanye West: Jésus de pacotille

Version texteEnvoi par courriel.
Kanye West

Avec Yeezus, le monarque du rap le plus en vogue du moment se place à contre-pied de tout ce qu’il a pu produire ses dernières années. Ce sixième album incarne un tournant manifeste dans la carrière de Yeezy. Il faut être sacrément égotique pour appeler son album Yeezus, contraction de « Yeezy », son petit surnom, et de « Jesus ». Première réaction à l’écoute de cet album attendu depuis des semaines : où est passé le West de « Stronger » ? Il est bien loin, celui qui chantonnait ses mignardes paroles sur « Runaway » ou qui rappait complaisamment en duo avec Rihanna pour « All of the Lights ». Bientôt dix ans de carrière, Kanye se pose des questions existentielles. Il en a marre de faire des compositions, entre rap et hip-hop, bien trop guillerettes. Maintenant qu’il est passé maître dans le milieu du Rap US et qu’il a amassé assez de thunes pour vivre dangereusement, Kanye montre son côté sépulcral.

Une plénitude de collaborations pour cet album qui promettait des merveilles. Mais Yeezus n’est assurément pas accessible aux adorateurs de musiques faciles d’accès. Clairement, Rihanna peut aller se rhabiller. On n’avait pas totalement tort côté égo, alors qu’on découvrait il y a quelques jours le titre « I Am a God », en featuring avec Justin Vernon, et ses paroles autistiques : « Je viens juste de parler à Jésus, Il m’a dit « Comment ça va Yeezus ? » (…) Je sais qu’il est le plus élevé, mais je suis presque grand ». West pose son flow sur des samples électroniques un brin répulsifs à l’oreille pour « On Sight » qui ouvre le bal. Titre produit par Daft Punk, pour info. Comme quoi, des fois, Bangalter peut se vautrer. On reste tout de même agréablement surpris par « Black Skinhead », criard mais particulièrement efficace, alliant soupirs et rythmique tribale oppressante. Pourtant, l’atmosphère de Yeezus risque d’en faire fuir plus d’un. On se sent déconcerté, entre « New Slaves » en featuring avec Frank Ocean, avec son interlude radieuse, instrumentale et mélodique, et « I’m in it », où beats bruts s’entrelacent au flow ponctué de « han, han ». Entre les deux, on se réjouit de « Blood on the Leaves » avec Tony Williams, audacieusement arrangé entre vocoder, sample du titre « Strange Fruit » de Nina Simone, vociférations des cuivres et accords de piano.

Mis à part quelques titres plutôt cavaleurs, on fait face à un album menaçant, au son brutal, parfois déstabilisant. Kanye aurait-il élaboré Yeezus sur un coup de tête ? Ou bien serait-ce un album beaucoup plus personnel que ses précédentes productions ? C’est ce qu’il s’en dégage. Mais il est certain que Yeezus n’aura assurément pas l’impact qu’a eu My Beautiful Dark Twisted Fantasy.

Médias Sociaux et Flux RSS

Twitter icon
Google+ icon
YouTube icon
RSS icon