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Daft Punk: l'album a effacé de nos mémoires ?

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Daft Punk

On imagine qu’à l’heure actuelle, vous n’en aurez cure, de cet article. De plus, si vous avez passé vos semaines sur les réseaux asociaux, vous aurez eu l’occasion de vous construire un avis (asocial?). C’est bien simple : Random Access Memories, le nouvel album de Daft Punk, a été le fait historique le plus commenté par l’opinion publique et médiatique depuis la bataille de Marignan. Ce qui donnait l’impression, un peu malsaine, que le verdict a été donné en moins de temps qu’il ne le faut en théorie pour, justement, se construire une opinion. Le saviez-vous ? Il se peut que bon nombre de gens, qui ont décidé de volontairement se mettre en retrait de l’agitation médiatique sans précédent qui règne autour de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, achètent cet album , et, plus étonnant encore, l’apprécient. Aussi fou que ça puisse paraître, vu la volée de bois vert à laquelle le monde a assisté la semaine dernière. Nous, on ne va pas vous mentir, on a eu du mal à savoir ce qu’on pensait réellement de Random Access Memories. Bassement patrimonial ? Historiquement excellent ? Toujours est-il qu’il n’appelle pas les même codes stylistiques que la plupart des disques pop ou electro de notre époque bénie, sans également faire référence à une quelconque par du passé discographique du duo casqué. Ce qui nous a intrigué d’autant plus.

Dès le morceau d’ouverture, ça sent le formol. « Give Live Back To Music » comprend à peu près tous les attributs du morceau ringard, et, disons-le, raté : cocottes de guitare, vocoder dosé à la louche, mélodie mielleuse à souhait, fausse énergie dissimulant une mollesse de composition… Qu’importe le flacon, qu’on soit d’accord, il serait dommage d’en vouloir à Daft Punk de tenter une plongée dans le chrome de la fin des 70?s. Mais le problème est bien celui du contenu. Parlons d’ailleurs du vocoder, signature stylistique du duo depuis Discovery : il est tellement omniprésent qu’on frôlerait l’indigestion. Notamment pendant les morceaux les plus calmes, qui prennent des atours de B.O. de film érotique « d’époque » à petit budget. Et cette impression d’imposture (davantage que de mauvais travail de fond) prend à la gorge pendant toute la première partie de l’album, jusqu’à « Touch ».

C’est là que les choses commencent tranquillement à basculer. Si le passage le plus maximaliste du morceau, rempli de trompettes niaises qui claironnent à n’en plus pouvoir, donne envie de se cacher dans l’endroit le plus silencieux de votre appartement pour éviter le traumatisme, cette longue plage à tiroirs recèle bon nombre de changements de rythmes et de trouvailles sonores qui éveillent la curiosité, et donnent envie de lâcher un peu de crédit aux Daft, qui semblent trouver leur voie lorsqu’il regardent les étoiles. Et ce sont bien les morceaux les plus spatiaux qui marchent le mieux, comme si cela n’était au final qu’une évidence. « Motherboard », qui essaie de se la jouer prog-rock sans réellement y arriver, ne fera danser personne, mais donne suffisamment de matériel sonore pour s’imaginer des images riches de contenu, qui titillent l’imaginaire. C’est bien le problème de ce disque : il faut du temps pour accepter qu’il n’est pas là pour faire danser les gens en club, après huit ans d’attente dans ce sens. Et c’est bien le seul sésame à sa compréhension. La meilleure piste de l’album, « Doin’ It Right », trouve (elle est presque la seule à y arriver) le bon équilibre entre l’implication extérieure de l’invité du jour (Panda Bear), le rythme, qui n’en fait pas trop, et les sempiternels vocoders, donc, qui trouvent ici la place qui leur sied le mieux, celle d’un lead assumé plutôt que d’une vulgaire apposition sur un tapis sonore trop kitsch pour être honnête. Probablement le morceau le plus électro du disque, au fond. « Contact », sur lequel le monde entier a déposé ses fantasmes lors de la fuite des premières infos sur le disque, étant finalement plus héroïque que réellement dansant. Reste « Get Lucky », encore meilleur dans sa version longue, qui va se traîner longtemps la réputation d’horripilant premier single, à l’image de « One More Time » en son temps, alors que ce titre est au final assez dur à détester.

Alors quoi, ils n’ont foiré leur coup qu’à moitié ? Réponse de poltron, nous direz-vous, mais Random Access Memories est davantage que cela. On tient ici un album qui fait tomber Daft Punk dans la catégorie de ceux qui se souviennent, davantage de ceux qui créent (c’est une de leurs composantes depuis un bail, sauf qu’ici, c’est assumé à 100%). Les musiciens de session possèdent tous une carte Vermeil, les collaborateurs « officiels » ont également, pour la plupart, quelques kilomètres au compteur (Todd Edwards et Chilly Gonzales approchent la quarantaine tranquillou). Et le parti pris de l’album (au lieu de sampler le passé pour en faire le futur, tentons de faire appel à lui directement pour créer des liens émotionnels), qui joue sur la corde du souvenir, ne peut pas nous faire dire autre chose qu’un « non ». Mais bon, on parle des Daft. Et forcément, après un peu de temps, on ne peut pas faire autre chose que d’admettre que Random Access Memories cache un peu, voire beaucoup de talent. On aurait sans doute aimé qu’il soit utilisé autrement, mais aux dernières nouvelles, ce n’est pas nous qui décidons, même si on aimerait bien. Maintenant, c’est à vous de voir, si vous êtes prêts à oublier un peu le passé des Daft que vous avez suffisamment écouté Earth, Wind and Fire pour que ça vous rappelle des bonnes soirées pattes d’eph’, vous avez votre chance.

Allez messieurs des Daft Punk, vous devez être encore rouge de honte aprés cet album, alors laissez vos casques !!
 

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