Les Soul Men

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(De gauche à droite)Jay-Vigon-Erick Bamy

Alors que la vague de l’âme n’en finit plus de déferler, réconfortant la pop internationale de voix brûlantes et de groove vintage, qui d’autres, en France, peut brandir plus fièrement l’étendard « soul revival » que Vigon et Erick Bamy, figures historiques du genre ? Qui d’autre que Jay Kani, pionnier du r’n’b hexagonal au temps des Poetic Lover, peut mieux reprendre ce flambeau et raviver avec Vigon et E. Bamy le feu des « musiques de l’âme » ? Près d’un demi-siècle de complicité unit les deux ainés. Avant même que leurs destins ne se croisent, la genèse de leur coup de cœur pour les musiques noires en faisait des frères de sang. Vigon, au Maroc, près de Rabat, comme un peu plus tard Erick, à Saint-Germain-en-Laye, près du Camp des Loges, font partie de ces gamins à qui un nouveau monde s’est ouvert en fréquentant les bases militaires américaines, à l’aube des années 1960. Alors que les radios locales berçaient parents et camarades d’une variété surannée, le Marocain et l’Antillais de la banlieue parisienne se retrouvaient en prise directe avec une révolution musicale, par la grâce de 45 tours importés par les GI’s.

Coup de foudre et vocation sont quasi instantanés. Les leçons prises devant l’électrophone avec des profs nommés Little Richard, Aretha Franklin, Chuck Berry, Otis Redding, Stevie Wonder, Sam & Dave ou Bo Diddley, révèlent alors des voix — tornade rocailleuse pour Vigon, velours éraflé pour Bamy — comme on n’en a pas encore entendu sur les scènes françaises. Où, ailleurs qu’au Golf Drouot, pouvaient-ils les faire hurler ?

Près de Pigalle, le club d’Henri Leproux donne sa chance à tous les militants de la nouvelle vague musicale. Johnny, Eddy, Dick et tous les autres y feront leurs premières armes. Plus rares que les rockers, les chanteurs de rhythm’n’blues de la trempe d’Erick Bamy (en leader des Frogeaters) et Vigon mettent le feu au Golf, à la Locomotive, au Bus Palladium, entourés de cuivres et de choristes.

Admirés pour leur voix et leur présence scénique, les deux chanteurs partagent le même manager, les mêmes folles soirées et tournées. Ils gravent leurs premiers disques et finissent par côtoyer leurs idoles. L’équivalent serait-il possible aujourd’hui ? Vigon et Erick croiseront ainsi sur scène et dans l’intimité des coulisses, Stevie, Otis, Aretha, Ray, Ike & Tina et autres Sam & Dave.

Plus de 30 ans après, Jay Kani s’est formé lui aussi en vocalisant sur les tubes de ses maîtres. Enfant de la génération hip hop, grandi dans une famille antillaise fan de gospel, il préfère la sensualité du r’n’b aux scansions du rap. Premiers modèles : les Boyz II Men, groupe vocal de Philadelphie, mêlant romantisme et spiritualité. Avec un trio de copains croisé un jour dans une gare de banlieue, Jay forme les Poetic Lover pour adapter en pionnier cette suavité afro-américaine à la langue de Brassens.

Si dans les années 1960, les tremplins se passaient dans l’intimité du Golf-Drouot, ceux de la seconde moitié des années 1990 bénéficient de l’énorme caisse de résonnance de la télé. Grâce à l’émission Graines de star, qu’ils remportent en 1997, l’aventure des Poétic Lover se transforme en miracle.Le groupe embrasse un gigantesque succès, avant que chaque membre ne trace des routes individuelles. Celle de Jay croisera, entre autres, celles de Tina Arena, de Luc Plamondon et même celle des Boyz II Men, ses idoles d’adolescence.

Après avoir lancé la carrière du jeune homme, la télévision a remis en avant celle de ses deux ainés. Après avoir été pendant 30 ans, l’indispensable doublure vocale de Johnny Hallyday, Erick Bamy est repassé de l’ombre à la lumière en scotchant le jury de l’émission « La France a un Incroyable Talent ». Il y a quelques mois, c’est au tour de Vigon, revenu d’un long exil marocain, de démontrer aux millions de téléspectateurs de « The Voice » que sa diabolique énergie de « soul shouter » n’avait pas pris une ride.

A l’heure où les sons et émotions hérités des années Stax et Motown ne cessent de prouver leur charme intemporel, l’occasion était trop belle de réunir ces forces vives d’hier et d’aujourd’hui au sein du trio Vigon, Bamy, Jay.

Parfait dosage d’âpreté et de miel, de swing millésimé et de groove d’aujourd’hui, cette combinaison de voix calorifères, jamais aussi à l’aise que dans l’expression live, a trouvé ses marques au premier claquement de doigts. Lancé à toute vapeur, ce «soul train » tente un pari en choisissant de nous entraîner du côté de Memphis et de Détroit. Pour un résultat bluffant, gorgé de cuivres et de frissons.

Leur album éponyme sorti le 25 mars sur le label 323 Records est déjà disque d'or.  Au programme, 11 reprises de standards soul (« Soulman », « What I’d Say », « Ain’t No Sunshine », « Sitting on the Dock of the Bay ») et des classiques du répertoire français (dont « Les moulins de mon coeur » de Michel Legrand).

En vidéo, ci dessous, les trois compéres pendant l'enregistrement de leur album.

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