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Tyler The Creator

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Tyler The Creator, l'éminence grise du collectif de hip-hop californien Odd Future, a publié vendredi un tout nouveau clip réalisé par lui-même en prélude à la sortie de son 3e album demain. Le rappeur précoce (22 ans tout juste) a dévoilé jeudi soir lors d'un concert au Trabendo (Paris) une petite poignée de chansons de ce disque baptisé "Wolf". Après la vidéo drôlissime de "Domo23" sortie mi-février, ce nouveau clip est typique du côté dérangeant qu'a toujours développé Tyler, le jeune rappeur le plus malin et le plus créatif de la galaxie, récompensé d'un Grammy du meilleur clip pour "Yonkers" en 2011. Avec un décor de maison de poupée aux couleurs pastels, plutôt glaçant, il apparaît masqué de même que le personnage féminin à qui il s'adresse.

La chanson, "IFHY" qui semble elle aussi sortie d'un cerveau perturbé, cultive le paradoxe : "Je te hais mais je t'adore", dit le refrain. Sans doute une des plus belles chansons d'amour de ce provocateur non dénué d'humour qui cache toujours ses sentiments sous une montagne d'agressivité... mais parvient toujours néanmoins à les communiquer magistralement.

Jeudi soir, au Trabendo (Paris), où sa première tournée en solo faisait halte, Tyler The Creator a montré sa plus réjouissante facette, celle que ses fans adorent. Un paradoxe là aussi de générosité et d'ironie, de professionalisme (très ponctuel) et d'improvisation.
Preuve de la notoriété de Tyler The Creator, on pouvait croiser à ce concert sold-out depuis 15 jours Guy-Man de Daft Punk (si si, incognito sans son casque) ! Pourtant  ce rappeur culte garde les pieds sur terre et ne change rien pour sa première tournée en solo. Pas de chichis. Rien de tape à l'oeil. Pressé de monter sur scène, il a même viré sans état d'âme le Dj prévu en première partie (un certain Dj Roger, inconnu au bataillon), interdit de jouer.

Débuté avec "Wolf", qui est aussi le premier morceau de son 3e album solo après "Bastard" (sorti gratuitement sur internet en 2009) et "Goblin" (2011), le show est minimal. Une formation en trio, avec Tyler au centre, un "dj" (Taco) pour lancer les instrumentaux pré-enregistrés sur l'estrade, et Jasper, l'un de ses acolytes rappeurs en renfort. Certes, on aurait nettement préféré avoir droit au génial Earl Sweatshirt ou à Hodgy Beat avec lequel il avait estomaqué le monde entier en 2011 avec "Sandwitches" au Jimmy Fallon show. Mais Jasper est honorable en second couteau et le son est impeccable. Particulièrement remarquable pour un concert de rap.

Après une série de chansons connues du bonhomme, "French", "Tron Cat, et "Nightmare", Tyler se lance dans un courageux triplé de nouveaux titres : "Jamba", "Cowboy" et "Domo 23", qui a fait l'objet d'un clip hilarant il y a quelques semaines. Tyler est très en verve, c'est à dire l'ordinaire pour ce zèbre surdoué qui semble avoir mille idées à la minute. Cet hyperactif qui est du genre se jeter sans arrière-pensée dans la foule en plein concert depuis le balcon d'un théâtre, bondit de long en large de la scène, grimpe sur le moindre ampli, serre des mains à la pelle, et plaisante énormément.
Son humour caustique et son aisance sont un must et on se demande à un moment du show s'il n'est pas encore plus doué pour le stand-up que pour la rime.

"Comment va votre vie en ce moment ? Vous avec le T-Shirt blanc. Vous ne savez pas ? C'est stupéfiant, stupéfiant", s'amuse-t-il en prenant sa grosse voix. C'est avec la même voix de grizzly qu'il entame le gros hit de son précédent album, "Yonkers". "Bon, là je vais chanter un nouveau morceau ("Tamale")", prévient-il ensuite. "C'est un titre difficile et pour vous, c'est nase parce que vous ne connaissez pas la chanson. Mais faites comme si vous aimiez, sautez et tout, pour que je me sente moins bête". Après le morceau : "C'était bien ? J'ai les couilles humides. Vous aussi ?".

Puis survient l'épisode surréaliste des cadeaux, avant un dernier titre ("Sandwitches") et un bain de foule final ponctué de force "salut les trous du cul". Ses fans savent bien que dans sa bouche, il s'agit d'un mot doux. D'ailleurs, Tyler est très aimé. Des admirateurs (et admiratrices) ont déposé une poignée de présents entassés sur le côté de la scène. Il les ouvre avec gourmandise. "J'aime les cadeaux". Il y a là deux trois disques vinyles, dont un John Coltrane. Un grand carnet de croquis d'une jeune femme qui l'a croqué, et quelques dessins, de licorne notamment. Il demande s'il doit conserver ça ? "Vraiment", insiste-t-il, "c'est important pour vous". Pourtant, avec lui, on ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon. S'il est sincèrement ému ou ultra ironique et se demande comment se débarrasser de cet hommage embarrassant.
Enfin, d'un carton à chapeau vert, il tire avec des cris de gamine effarouchée un masque ("ouh, j'ai peur!"). Un masque en papier mâché à son effigie. "Je peux l'utiliser dans mon nouveau clip ?", demande-t-il, visiblement bluffé. Il y a de quoi. Car pour ce garçon imprévisible, quelqu'un avait semble-t-il eu une prémonition. Vendredi matin, il publiait son tout nouveau clip : sur ce "IFHY", il apparaît précisément masqué. Hé, hé... A voir ci dessous !!
 

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